LES DEUX LIGNES
En ce début d’année 2003, le mouvement national corse se trouve à la croisée des chemins.
Deux démarches stratégiques contradictoires lui sont proposées :
Une stratégie de souveraineté nationale
Cinq organisations, Fronte Corsu « Indipendenza e Sucialisimu », l’ANC, Indipendenza, Corsica Nazione et I Verdi Corsi, se sont engagées depuis le 18 mai 2002, dans la démarche stratégique de la Cunsulta Naziunale dont les objectifs clairement définis sont les suivants :
· affirmer la souveraineté de la Nation Corse
· élaborer un projet constitutionnel commun
· donner à la lutte du peuple corse une dimension internationale
· débattre et à jeter les bases d’un projet économique, social et culturel
· s’opposer, par la mobilisation populaire, à toute réalisation contraire aux intérêts nationaux du peuple corse.
Les cinq organisations ont accompli un travail considérable.
Le processus de constitution du Corps électoral corse est concrètement engagé.
Les demandes d’inscriptions affluent.
La stratégie démocratique, patriotique et citoyenne de la Cunsulta Naziunale met notre peuple en mouvement :
Dans leur conférence de presse du 23 août, les cinq organisations qui animent la Cunsulta Naziunale ont d’ailleurs clairement affirmé :
Par ailleurs, les cinq organisations ont insisté sur le fait que toutes les étapes de la négociation vers la souveraineté nationale seront conduites sous l’égide de la Cunsulta Naziunale.
Or, tandis que se développait cette démarche stratégique vitale pour l’avenir de notre peuple, on a pu assister dans les deux derniers mois de 2002, à l’émergence d’une stratégie dont les caractéristiques sont parfaitement identifiables.
Une stratégie autonomiste et régionaliste
Cette stratégie qui ressurgit régulièrement à l’occasion des changements gouvernementaux et de l’approche des élections territoriales, n’a pas pour objectif la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse et l’accession à la souveraineté. Elle ne prend pas en compte les intérêts nationaux, ni les intérêts collectifs mais seulement ceux de certaines catégories sociales déjà privilégiées. Ce n’est pas un hasard si les revendications concernent :
Les trois premiers points témoignent amplement du caractère de classe de cette stratégie. Il s’agit de favoriser la bourgeoisie locale et sa représentation déjà très largement majoritaire dans les institutions locales.
Le quatrième point n’est qu’un alibi destiné à donner une connotation « nationaliste » à la revendication. Dans les faits, et depuis que cette stratégie est proposée, la langue corse ne cesse de reculer malgré les mensonges institutionnels et les statistiques de l’éducation nationale française.
Les promoteurs de cette démarche sont des partisans plus ou moins déclarés de l’autonomisme, c’est à dire d’un protectorat français en Corse. Il n’hésitent pas à proposer un compromis historique avec les élus du clans à l’assemblée territoriale afin de « participer au pouvoir ». Mais en quoi consistera ce pouvoir sinon à perpétuer dans notre île la domination coloniale caractérisée par une politique libérale et une exploitation capitaliste dans le contexte de la mondialisation ?
Nous sommes résolument opposé à ces manœuvres parce que l’expérience historique des vingt dernières années nous enseigne que les différents statuts octroyés ont eu des effets désastreux pour la revendication nationale. De fait :
Ce dernier point est capital.
Accessoirement, il fait litière de l’argumentation fallacieuse selon laquelle le mouvement national engrangerait des victoires au niveau syndical ou socioprofessionnel et que celles-ci en appelleraient d’autres, sous entendu, une victoire électorale aux territoriales de 2004.
Mais, principalement, il doit permettre d’évaluer le danger mortel que peut représenter pour la nation corse une avancée statutaire qui ne résulterait pas de la reconnaissance et de l’exercice du Droit à l’autodétermination. Or, cela suppose en préalable la reconnaissance en droit de notre peuple et donc la reconnaissance de son droit historique inaliénable à l’autodétermination.
Comme l’ont affirmé récemment les militants de Corsica Nazione dans une conférence de presse « le peuple corse demeure notre seule référence ». Nous partageons ce point de vue. Mais alors, on doit en tirer la conclusion qui s’impose : c’est au peuple corse et à lui seul qu’il faut se référer pour toute avancée statutaire. Cela implique la définition d’une nationalité corse, la constitution d’un corps électoral corse et, in fine, l’exercice référendaire du droit à l’autodétermination. Nous en revenons ainsi à la seule stratégie possible pour résoudre le problème national corse : la stratégie de la Cunsulta Naziunale. A contrario, nous dénonçons par avance tout référendum qui ne se ferait pas sur la base d’un corps électoral corse fondé sur une nationalité corse.
Cependant, on ne peut négliger l’utilisation de points d’appui tactiques au service de la stratégie nationale. Les élections, dans le cadre actuel, peuvent constituer des points d’appui tactique. Cependant, le rôle des ennemis du peuple corse, principalement de l’Etat français mais aussi de ceux qui servent consciemment ou inconsciemment ses intérêts, est de donner la priorité au jeu institutionnel. Nous tenons à mettre en garde certaines fractions autonomistes, corsistes ou régionalistes qui utilisent notre drapeau national pour mieux étouffer la nation corse et satisfaire des intérêts de quelques groupes sociaux voire des ambitions politiciennes personnelles. Nous appelons les nationaux sincères à la vigilance. Toute remise en cause, aujourd’hui, de la démarche stratégique unitaire de la Cunsulta Naziunale, nous ramènerait aux heures les plus sombres du mouvement national et engagerait notre nation sur une voie suicidaire.
Pour sa part, fidèle à leurs engagements, les militants de l’indépendance et du socialisme :
Jean-Pierre Santini
Janvier 2003