Il m’arrive de me dire que c’est la femme de ma vie. Comme j’ai déjà beaucoup vécu, ça ne signifie pas grand-chose. Alors, je me dis que c’est la femme du restant de ma vie. Le temps change tout à l’affaire et je n’en finis pas de rectifier ce que j’ai à me dire.
Je la vois les jours ouvrables. Les autres, c’est vraiment des jours sans, sans elle, fermés. D’ailleurs, je me cloître en attendant de la revoir.
À l’instant même où je l’ai rencontrée, j’ai perdu mes repères. Ils étaient faux et ma vie aussi, comme un parcours touristique, sans mémoire réelle, sans trace, un aperçu de l’absence. Maintenant, c’est le contraire. Je suis trop présent au monde. En fait, je n’y suis plus que pour elle. Autrefois, j’essayais de me soustraire. Je cherchais même à m’évader. En vain bien sûr. Parce qu’on ne s’évade jamais qu’une fois. Entre temps, on fait semblant.
Il suffit parfois d’un moment d’inattention et on tombe dans la mort ou dans l’amour comme dans un escalier raide qui vous cabosse partout. Ça m’est arrivé au premier regard posé sur elle. Rendez-vous compte, un simple regard ! J’ai raté une marche et tout à trac, d’un coup, d’un seul, voilà que ma vie chavire. On est peu de chose vraiment !