Dans l’île, on aime l’administration. Les populations éparses et les solitudes organisées nécessitent plus de contrôle que les foules compactes. On peut toujours influencer les masses par les moyens modernes de la communication mais pas les peuples résiduels qui parlent avec leurs morts. Compacts et attentifs au chant du monde, ils résistent mieux à l’instinct naufrageur des troupeaux.
A Imiza, on a aussi le goût de la chose publique. On dispose de tous les services même si la clientèle se fait rare. Outre la Poste où l’on épargne beaucoup dans l’espoir d’économiser sa vie, l’école avec ses trois élèves et son institutrice qui passe le plus clair de son temps au téléphone pour vérifier qu’ailleurs le monde tourne encore, la mairie et son secrétariat désoeuvré où l’on brûle des bâtons d’encens pour célébrer le culte des paperasses, feuilles volantes, liasses et autres accumulations prodigieuses, il subsiste, par un de ces miracles qui tient à la distraction administrative, un commissariat dont le local est aménagé au fond d’une ancienne confrérie où l’on organisait jadis des obsèques à minima. Pour passer sans autres pompes dans l’autre monde, chacun avait droit gratuitement à une messe dite en latin et à une caisse solide en bois de châtaignier.