Ghjustificazione di l'indipendenza di a Corsica - Janvier 2009

 Les réflexions et propositions de la Ghjustificazione ont été élaborées et rédigées au fil du temps dans la perspective de la mise en place de l’Assemblée Nationale Provisoire.

Le 16 novembre 2008, la première Cunsulta Naziunale a été élue.

Une de ses tâches majeures consistera à élaborer les éléments d’un projet constitutionnel qui reflètera  la lutte séculaire du peuple corse pour sa liberté et sa recherche d’une démocratie sociale où justice, équité et solidarité ne seront pas de vains mots.

A Ghjustificazione di l’indipendenza peut aider à une réflexion collective qui doit impliquer les couches les plus larges du peuple corse.

 Extrait :

 

La pensée nationale corse contemporaine repose sur un grave malentendu. Ce malentendu prend paradoxalement sa source dans une référence à Pasquale PAOLI, le père de la Nation Corse. PAOLI, en effet, aurait exprimé le souhait que les Corses puissent se gouverner eux—mêmes (s’auto-gouverner) sous la protection d’une grande puissance. Ce souhait est la définition même d’un Statut Spécial ou d’Autonomie dans le cadre de la République Française. On notera, tout d’abord, que Paoli n’est pas resté dans l’Histoire pour cette prise de position somme toute conjoncturelle. Ce qui fait la renommée du « Général de la Nation Corse » c’est qu’il fut, concrètement, le constructeur de notre indépendance. Ainsi, toute référence à Paoli qui néglige l’essentiel de son oeuvre pour s’inspirer d’une réflexion abstraite secondaire, témoigne d’une volonté manifeste d’entretenir le malentendu.

Comment définir précisément ce malentendu ?

Nous proposerons la formulation suivante : Le malentendu de la pensée nationale corse contemporaine consiste à se comporter politiquement comme si le peuple corse était dépendant d’un autre peuple pour la reconnaissance de sa propre identité et de ses droits naturels.

De fait, toutes les organisations nationalistes actuelles revendiquent une reconnaissance constitutionnelle du peuple corse. Ces organisations ( y compris l’ex—organisation Indépendantiste FLNC) demandent que la Constitution d’un peuple étranger ( Le Peuple Français en l’occurrence) reconnaisse le Peuple Corse. On voit bien, ici, à quel point les esprits sont troublés, à quel point de dépendance intellectuelle, morale et culturelle  certaines fractions de notre peuple en sont réduites pour avancer une revendication aussi absurde. En réalité, qu’est-ce qui définit un peuple sinon l’ensemble des principes fondamentaux et des droits naturels que ce peuple se reconnaît lui-même dans le but d’organiser sa propre vie en société ? Or, l’ensemble de ces principes et de ces droits porte, pour tous les peuples de la terre, le nom de Constitution.

Un peuple se reconnaît par sa Constitution.

Un peuple ne se reconnaît pas par la Constitution d’un autre peuple sauf de se confondre totalement avec lui, d’y être totalement intégré. Si la Constitution n’est pas toute l’identité d’un peuple, elle est, en quelque sorte, sa carte d’identité.

Historiquement, au cours de ces vingt dernières années, des tentatives ont été faites pour tenter de dissiper le malentendu. Ainsi, le Front de Libération nationale de la Corse créé en 1976 par des indépendantistes, a-t-il clairement dénoncé la duperie réformiste de l’autonomie et de toute autre solution dans le cadre de la République Française. Mais, depuis, le sigle du FLNC sinon son contenu historique authentique, a été récupéré par des fractions elles—mêmes réformistes. Ces fractions recherchent aujourd’hui l’alliance avec le capitalisme international et le patronat corse. Avec ce dernier, elles sont prêtes à un pacte social pour mieux soumettre les travailleurs corses à leurs exploiteurs locaux. Quant au FLNC, ayant renoncé à la lutte d’Indépendance, il a perdu son identité. Sa capacité d’action n’a plus de contenu révolutionnaire. Elle relève du national-poujadisme, c’est à dire de l’utilisation de la violence pour dénoncer les excès les plus évidents du système impérialiste sans pour autant remettre celui-ci en cause.

Aujourd’hui, à l’exception des Indépendantistes, tous les nationalistes déterminent leur politique dans un rapport étroit à la politique de l’Etat Français. A titre d’exemple, on peut naturellement citer la trêve du FLNC qui est la conséquence directe du remplacement d’une fraction de la bourgeoisie française (dite de Droite) par une autre fraction (dite de Gauche) à la tête de l’Etat. Mais la nature de cet Etat a-t-elle pour autant changée ? Comment le Parti au Pouvoir peut-il être l’interlocuteur privilégié de certains nationalistes? N’est—il pas suicidaire comme le font certains, fidèles en cela à la vieille tradition autonomiste des « rassemblement de progrès » d’appeler à la recherche de convergences avec le PS ou le PCF ces vieux requins de Gauche de l’impérialisme français qui ont largement fait leur preuve à l’époque de la guerre de libération nationale en Algérie ?

Comme exemple de dépendance, on pourrait citer encore l’incessant débat autour des initiatives manipulatoires de Joxe qui a su diviser à merveille les fractions réformistes du Mouvement National Corse précisément  parce qu’elles sont réformistes et qu’il s’agit pour elles de se positionner dans les perspectives institutionnelles et électoralistes que peut leur offrir le pouvoir français. En un mot comme en mille, le but toujours inavoué mais bien réel de certains est de mettre en place un pouvoir « nationaliste » sous le parapluie de l’Etat français. La nature de ce pouvoir ne se différencie en rien de celle des clans. En effet, les clans actuels tiennent leur pouvoir de la seule volonté de l’Etat Français. Le pouvoir « nationaliste » espéré par les fractions réformistes, découlera aussi d’une volonté de l’Etat Français.

Chacun aura compris qu’il s’agit de remplacer l’ancien clan par un nouveau et de demander à l’Etat d’en garantir la légitimité. D’où la revendication apparemment paradoxale d’une reconnaissance constitutionnelle française du Peuple Corse.

Aujourd’hui, faute d’un combat démocratique appuyé largement sur la volonté populaire, on assiste à une tentative de mise en place d’un pouvoir “ nationaliste” au grand dam des vieux clanistes qui crient sans y croire au risque d’Indépendance, mais qui sont, par contre,  convaincus de leur élimination prochaine avec la bénédiction de l’Etat. De fait, la mise en place d’un nouveau pouvoir en Corse ne peut se faire que si l’Etat Français y trouve son intérêt. Par conséquent, ce n’est pas à notre peuple que s’adressent les fractions nationalistes réformistes, c’est à l’Etat Français. Ce n’est pas de notre peuple que ces fractions attendent la légitimité mais de l’Etat Français qui leur donne l’importance que commandent ses intérêts supérieurs. Ainsi, dans la pratique, le ridicule n’est-il pas atteint pour une lutte de libération nationale lorsque l’on voit tous les médias de l’Etat et de la bourgeoisie offrir la puissance de leurs images au service de ceux qui, pourtant, devraient être considérés comme des ennemis?  A-t-on jamais vu pareille comédie, pareille folklorisation dans une lutte de libération nationale de part le monde ? A-t-on jamais vu les moyens d’une propagande d’Etat servir complaisamment les ennemis supposés de cet Etat ? A-t-on songé un seul instant à la désastreuse impression que cela peut avoir sur les véritables combattants qui ont souffert et qui souffrent dans le monde des tortures et des massacres ? Dés lors, ne faut-il pas s’interroger sur tout ce que cela signifie ?

On offre des images aux enfants lorsqu’ils sont bien sages ou pour qu’ils le restent. L’Etat Français et ses formidables moyens de communication de masse sont en train de réduire notre histoire nationale aux péripéties d’une bande dessinée.

Aujourd’hui, comme en 1976 avec la création du véritable F.L.N.C., il appartient aux indépendantistes de dissiper ces malentendus qui nous conduisent à l’impasse.

Il faut rendre sa dignité et sa juste revendication au mouvement national corse. 

 

Dernière mise à jour de cette page le 06/01/2009