Le non-lieu

J’ai des impressions étranges d’un seul coup. Une lente rupture. Je sens que j’ai fini de t’écrire. Et pourtant que de choses ai-je dû oublier? Que de choses essentielles, que de réalités n’ai-je pu redécouvrir, qui m’eussent expliqué cette fièvre qui vient battre en moi à présent que tout semble s’achever.

Et puis aussi, tu vois, j’ai l’impression d’avoir fini. De finir tout simplement.

Je te disais plus haut que nous reprendrions tout exactement comme autrefois, sauf qu’il n’y aurait plus le silence. A présent, j’ai la sensation que je reprendrai seul, exactement comme autrefois, et qu’il y aura en fait beaucoup plus de silence.

Je crois bien même qu’il n’y aura plus que cela.

Il ne faut pas pleurer. Je suis toujours sur le point de partir. C’est cela l’absence. Un éternel départ.

                                                                                                  

  

Marseille, novembre 1966.