Manifeste suite 2 - Contribution de Dounia Maktoum

La création d’une culture de l’écrit : POUR QUELLE SUBVERSION ?

que veut-on abolir par la creation ?

qUE VEUT-ON RENVERSER ?

 

« Dans les communautés à tradition orale, l’histoire ne passe pas par l’écrit, la discrétion prime, l’usage de l’écrit sera fait seulement si l’individu lui donne un sens[1]. »

 

Je pose alors quelques questions : quel sens aurait une littérature corse quand la culture corse est orale ou tout du moins oralisée ? Quelle est la visée du problème du lectorat ?  Qu’est-ce que le résultat permettrait de dégager de fertile pour la création d’une littérature corse ? C’est-à-dire un passage à l’écrit qui ne serait ni une traduction ni une transposition de récits oraux mais un passage de la rythmique dans la syntaxe, que la langue usitée soit le corse ou le français pourrait alors ne rien changer à la possibilité d’une littérature corse.

 

I.             tâches matérielles relatives à la circulation physique de l’objet livre. Message aux producteurs de livres et à leur(s) diffuseur(s)

Faire un état des lieux de la santé de l’édition en Corse me semble un premier pas à faire. Que les éditeurs et libraires publient – c’est dire qu’ils s’engagent à rendre public leur gestion - ses chiffres : nombre de publications (mettre en ligne le catalogue (le plus récent)), y joindre la fiche des ventes relative à chaque détaillant et enfin, publier les fiches de retours ainsi que le chiffre d’ouvrage du stock en cours chez ces mêmes détaillants. Il faudrait également mettre à la connaissance de tous les actants le nombre de livre mis en dépôt.

Une opération simple permettra d’afficher le paysage de lecture en Corse :

 

1.    Création d’un répertoire des éditeurs et des distributeurs de livres en Corse : que chaque éditeur mette en ligne son catalogue.

2.    Publication des chiffres, soit le calcul : productions littéraires mises sur le marché – le nombre de retours = le nombre de vente et donc de possible lecture de l’ouvrage par l’acheteur.

3.    Délimitation des champs de lecture(s)

 

Ceci est un premier débroussaillage quant à la question de la publication de littératures. En effet, quand on pose la question du lectorat de littérature corse on exclut les écrits historiques, les journaux, les essais, ne seront pris en compte que les acheteurs et donc potentiels lecteurs de romans et de poésie. Encore que, en effet, rien n’assure que le lecteur lira le livre acquit. C’est pour cela que ce genre d’investigation – qui ne vaut que comme préliminaire à l’action – ne découvrira que les habitudes du lectorat corse, rien de la réalité de la lecture. Encore faudrait-il pouvoir connaitre la part du lectorat corse de celle d’un lecteur de passage en corse, deuxième difficulté : tous résident est à joindre à la communauté corse sans égard quant à la question de l’identité. Je ne me permettrais pas de définir les critères de corsitude, encore moins d’exclure nominalement. Alors je poserai cette autre question, désarmante et alarmante parce qu’alors elle exclura : qu’est-ce qu’être un lecteur corse ?

Cette enquête va également permettre de répondre à une autre question quant au lecteur actuel : quel est le genre le plus lu ? Ce qui permettra d’approcher l’esquisse de la réception de la littérature corse. En effet, qu’est-ce que la littérature corse pour le lectorat ?

Enfin, si chaque éditeurs consent à publier l’ensemble de son catalogue, ainsi que le nombre de ses retours, par le relever des titres les plus achetés  il sera possible de   comparer le taux de vente en langue française à celui de vente en langue corse, ainsi la langue intelligible s’élira seule, sans en passer par une réflexion identitaire qui pourrait freiner la création. Pour encourager les éditeurs, qui bien évidemment ne sont pas seulement des fabricants de livres mais aussi des paysagistes de la culture et de la lecture, Hubert Miggrer su leur  rappeler la responsabilité quand il définit l’éditeur comme « passeur ». L’intermédiaire ou bien créateur d’auteur. Aussi bien j’invite à l’honnêteté : est-ce la volonté de créer une littérature insulaire qui motive le manifeste de Luri ou est-ce une autre branche morte de la quête identitaire qui se prépare à une pousse tordue parce qu’elle connaitra un engrais peut efficace : la politique qui consiste à amasser des électeurs, à en produire faisant fi de la réalité des seuls lecteurs. Je ne m’engage que pour la littérature, c'est-à-dire la mise par écrit d’une syntaxe de pensée corse. C’est-dire que c’est le mouvement et le rythme de la pensée, que fait éprouver la syntaxe, et non un passage à la langue corse seulement, qui semble le fondement d’une perception corse, la traduction d’un tempérament aussi.

 

II.            Remarques et questions aux auteurs et aux éditeurs, quant àUX futurS CRITERES DE choix de publications : entre Identité personnelle, sociale et historique.

 

«Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu'il est temps de n'en plus avoir,

du tout[2].»

 

Cette phrase de Flaubert me permet de poser une question relative au débat sur la représentation de la littérature corse : ne faut-il pas préférer la présence individuelle (l’envergure de l’univers d’un auteur) à la représentation identitaire et nationale (la symbolique du drapeau) ?

1.    Est-ce aux auteurs d’imposer une langue ou est-ce à  l’écrivain d’adopter la langue du lectorat ?

2.    Quelle fonction se donne l’écrivain corse ? et la coopération est-ce une équipe de représentants du corse  (l’habitant), de la Corse (témoin d’un mode de vie) ou écrivain corse (qui laisse apprécier la pensée méridienne) ?

3.    Quelle unité vise le groupe du manifeste de Luri par l’usage du corse quand la langue insulaire n’est pas normée ?

 

 

Quant à l’instauration d’un type de comité de lecture tel qu’il est présenté dans le manifeste de Luri, j’y vois un risque important : créer une situation de diglossie, c’est-à-dire l’élection d’une langue qu’on instaure Haute (prestigieuse, à atteindre, « officielle » qui serait le corse) et une autre qu’on distingue comme Basse (réduite à sa fonction de langue véhiculaire, de change à défaut d’échange, qui serait le français). C’est le écueil que laisse appréhender la création d’un comité de lecture(s) qui ferait le tri des écrits en français et prendrait comme bon, D’OFFICE, tout écrit en langue corse dans le simple désir – légitime autant soit-il – de faire la promotion de la langue corse. Ce type de choix de comité de lecture (sans marque du pluriel alors) – outre le fait d’un risque de choix de goût – se laisse séduire par les logiques de stratégies identitaires qui frôlent les stratégies commerciales. Un tel choix de directives me semble aller du côté de l’idéologie et de la répression. Si nous nous basons sur les calculs ci-dessus mentionnés, en effectuant ces opérations, le nombre de lecteur de langue corse sera connu, bien que déjà soupçonné.

 

A la question, pertinente, que Jean-Claude Loueilh pose, à savoir « qu’est-ce qu’écrire corse ? », je me permets de souligner l’absence de préposition. En effet, ce n’est pas qu’est-ce qu’écrire en Corse seulement (ni géographie ni langue, il faut être méfiant des prépositions en français, elles instaurent un rapport de hiérarchisation, de pouvoir, d’institutionnalisation brutale, tolérer parce que discrètement incorporées dans la communauté linguistique). Alors que le français et le corse cohabitent et que le corse devient un accent du souvenir, redingote qui habille le français, qu’est-ce que c’est écrire corse ? Ecrire corse ne serait-ce alors pas chercher le lieu où l’hétérogénéité des deux langues coprésences font un kaléidoscope ? Ne serait-ce pas là être contemporain de la société Corse ? Serait-ce là l’invention de la culture écrite en Corse ? Une assimilation bien plus qu’une vue passéiste ou bien puriste. Bien que le manifeste ne rejette aucunement les écrits en langues française, j’ai voulu souligner le « filtrage » différent selon le kaléidoscope (la langue) de l’écrit. Si une littérature corse peut exister peut-être est-ce par les angles de perceptions de ses créateurs.

 

III.          problème de visibilité pour la postérité que RENFORCENT les contemporains.

Pour être compté comme éditeur il faut être enregistré au dépôt légal à la B.N.F., dépôt qui permet de chiffrer la production, d’analyser son évolution et de compter le nombre d’éditeurs. Pour une littérature insulaire existe, il faut la rendre visible. Tous les éditeurs ne réalise pas ce dépôt, alors qu’il aurait été plus rapide de  mener l’étude ci-détaillée, je vous invite, éditeurs, à envoyer vos catalogues à mon adresse e-mail : degniamaktoum@gmail.com afin que je puisse vous informer de l’état de la santé du livre, en Corse. Ainsi, le nombre de livre encore en stock + ceux mis en dépôt par l’éditeur = le nombre d’ouvrage en distribution non vendus, soit la marge inhabitée par le lectorat. Ce calcul réalisable permettra de placer et/ou d’inscrire la production de l’édition corse soit, d’après  les paroles de Pierre Bourdieu, dans :

A.   Un cycle de production court : EDITION DE CONSOMMATION (court terme, du coup par coup).

Ce type de démarche à pour but essentiel de minimiser les risques : C’est repérer une demande est y répondre. On se dote de circuit de commercialisation pour que la marchandise circule vite : logique de commerce qui vise la croissance économique. C’est ce type de production qui est mis en vigueur quand une rentabilité rapide est attendue. 

 

B.   Cycle de production long : EDITION DE CREATION

Ce cycle s’instaure quand l’acceptation du risque est prise. C’est la temporalité propre à une production culturelle. Le livre est alors appréhendé comme un produit culturel, différemment d’un produit de divertissement ou de consommation.

 

Dans l’espoir de vous être claire et raisonnable, je vous salue.

 

Avec vous, pour une littérature mineure,

Dounia MAKTOUM,

Jeudi 27 août 2009 et mardi 1er septembre 2009.

 

 



[1]  Jean-luc  Poeyto, « Illettrisme et tradition orale : le cas des Manouches de la région paloise. » in Illettrismes : quels chemins vers l’écrit ?, Coordonné par : F.ANDRIEUX, J.-M. BESSE et B. FALAIZE, Les actes de l’université d’été (Organisée par le Ministère du Travail et des Affaires Sociales (Groupement permanent de lutte contre l’illettrisme), Université de LYON2 (psyEF), AG3i et centre INFFO), Ed. MAGNARD, juillet 1996

 

 

[2] Gustave Flaubert, Extrait d’une lettre à George Sand (5 Juillet 1869)

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