Manifeste de Luri - Proposition de l'écrivain Okuba Kentaro - 24 août 2009

Les Editions A Fior di Carta ont organisé une table ronde dans le cadre de la journée « Libri Aperti » le 22 août 2009, à Luri.  Un débat s’est engagé sur la question de la « diffusion du livre corse » et plus généralement sur la diffusion de la création corse dans tous les domaines (peinture, sculpture, artisanat d’art, etc). Il a été convenu de poursuivre le débat par échange sur le net. Voici donc une première intervention de l’écrivain  Okuba Kentaro. Les personnes qui le souhaitent peuvent me faire parvenir leurs réflexions en utilisant le blog ouvert sur ce site.

 

Manifeste de Luri

La littérature corse existe, mais elle souffre encore d’une étiquette régionaliste imposée le plus souvent par les circuits de distribution et les grandes chaînes de diffusion du livre. Elle a donc besoin de promotion pour faire entendre sa musique particulière au-delà des mers.

Des auteurs, des plasticiens, des artistes, réunis à Luri le 22 août 2009 et tous concernés par cette question de la créativité, de la valorisation du livre, ont reconnu la dimension double de l’écriture, travail personnel et solitaire, et de la lecture, message au collectif qui a besoin d’une amplification par le groupe. Or, les moyens d’amplification ne seront efficaces que si la littérature corse est capable de présenter un minimum de cohésion. Edmond Simeoni a ainsi donné l’exemple de l’année 2013, où la ville de Marseille, capitale européenne de la culture, souhaite donner sa place à la Corse et à ses écrivains. En l’état actuel d’un monde littéraire insulaire fragmenté, comment répondre à cette échéance, sans éviter le copinage ?

Xavier Casanova, du fait de sa grande expérience dans le monde de l’édition et de l’enseignement aux futurs libraires, a tenu les débats, en indiquant le besoin primordial d’une recension exhaustive et technique (au sens d’une fiche signalétique détaillée) de tous les ouvrages nouveaux paraissant en Corse. Jean-Pierre Santini a évoqué la piste d’une union des artistes, d’une union des écrivains, afin de lutter contre la désertification des territoires et des âmes. Elle ne prendrait pas obligatoirement la forme d’une association formelle, avec un local et des cotisations annuelles, mais pourrait loger sur une plateforme virtuelle. Ugo Pandolfi, qui anime avec brio le site Corsicapolar, a donné l’exemple précis d’un travail collectif « Piccule fictions » qui a réuni 26 auteurs autour d’un projet caritatif. Il a conseillé également de profiter de l’outil culturel de la CTC, un service public susceptible de répondre aux exigences minimales de recension systématique décrites par Xavier Casanova. Petr’Anto Scolca a parlé de l’édition italienne, tout aussi malade que la française, dans laquelle des auteurs s’étaient fédéré autour d’un projet littéraire, la New Italian Epic, NIE, rassemblant toutes les œuvres traitant de l’apocalypse et de la fin de l’humanité. Jean-Pierre Santini a conseillé aux auteurs présents de formaliser un texte de base, sur lequel les écrivains insulaires pourraient travailler en vue d’un manifeste de la littérature corse.

Ce présent texte pose plusieurs pistes de réflexion.

Il faut tout d’abord donner aux créateurs de l’île un étendard commun, un drapeau sous lequel fédérer toutes les forces. La littérature ne vit pas sans un souffle puissant, et l’image du désert, vox scriptanti in deserto, désert culturel, désert rural, désert social, pourrait être une image forte de la création insulaire. Un lieu de désolation, mais également un lieu de re-création. Tout simplement parce que de la solitude de l’écrivain naît le sentiment qui fera refleurir le sens collectif.

Les auteurs réunis à Luri se proposent de transmettre à leurs amis de Corse du Sud et aux autres auteurs absents ce 22 août de faire connaître leur opinion sur ce point.

L’île, et notamment le Cap Corse, regorge de tours, couvents et autres confréries, lieux solitaires, réhabilités à grands frais par le public, et peu ou mal utilisés. Ce sont des déserts de facto que l’on pourrait aisément convertir pour un usage temporaire de résidence d’écrivain. Ces créateurs ne sont guère exigeants en effet : un gîte, un couvert, et une connexion internet de bonne qualité, suffisent à leur bonheur.

Les auteurs réunis à Luri se proposent d’établir une liste des écrivains désireux de bénéficier d’un hébergement temporaire d’un ou deux mois. Ils recenseront pour cela les avis des autres auteurs consultés.

Une plateforme virtuelle, éventuellement mise en place par la CTC dans le cadre de l’outil culturel, pourrait servir de vitrine à la littérature insulaire en proposant des textes en ligne. Un comité de lecture, établi à compter des jurys littéraires déjà existants dans l’île, trierait a minima dans les textes écrits en Français. Les textes corses pourraient être acceptés sans comité de lecture, afin de promouvoir cette forme d’écriture.

 Les auteurs réunis à Luri demandent aux autres auteurs de se prononcer favorablement sur ce point, afin que la CTC puisse être saisie.

 

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