Mars1976 - Lettre d'Edmond Simeoni et l'Union des Travailleurs Corses Exilés

On peut lire en page 2 du muméro 6 de U RITORNU en date de mars 1976, une lettre d’Edmond Simeoni incarcéré à la Santé.  Cette lettre remarquable trouve un écho, 33 ans après, avec l’interview que notre ami Edmond Simeoni a accordé à la revue Fora (janvier 2009) à propos de l’association Corsica Diaspora qu’il a créée en décembre 2004.

Voici la teneur de la lettre publiée dans U RITORNU :

FORZA L’U.T.C.E. !

Par sa vocation : le retour dans leur patrie des travailleurs corses exilés, l’U.T.C.E. s’est assignée un but ambitieux et apparemment inaccessible.

But ambitieux car on inverse pas aisément les routines séculaires d’un exil toujours honni mais assurant sa médiocre et nécessaire fonction : la survie ; on ne brise si simplement le miroir déformant qui a privilégié de brillantes réussites individuelles mais est resté muet sur la détresse et la sous-promotion de la majorité ; on ne retrouve pas en quelques années la foi d’un peuple asservi depuis deux siècles et ayant perdu, de ce fait, toute confiance en l’avenir de sa terre.

Bur apparemment inaccessible car votre démarche s’inscrit en opposition totale, inconciliable avec la politique systématique de l’Etat colonialiste et de ses valets : les chefs de clans ; tous deux pourvoyeurs zélés et complices d’un déracinement qui les sert exclusivement ; ainsi ont-ils régné sans partage sur l’île jusqu’à récemment, île où une population âgée, assistée donc, dépendante, assurait leur prééminence.

Le retour des travailleurs corses exilés, les autres catégories sociales insulaires ayant davantage de moyens financiers, est une tâche exaltante au plan affectif et hors de prix au plan politique car cette force potentielle est productrice, combative, nécessairement progressiste, donc moralement saine et prête aux sacrifices collectifs.

L’U.T.C.E. ne peut progresser que par une conception militante de son action et ne peut compter que sur les armes que forge la foi.  Démystifiant la « Corse pauvre » (notre pays peut accueillir 3 à 400 000 personnes supplémentaires, dans une économie diversifiée et planifiée), l’U.T.C.E. doit, en permanence sensibiliser les Corses exilés à son action, les informer des possibilités de réinsertion, dénoncer les discriminations, assiéger les administrations et les employeurs en vue d’une urgente corsisation des emplois , par une action méthodique, une organisation rationnelle (fichiers, etc.), une collaboration fructueuse et sans sectarisme avec tous les partenaires partageant la même optique (amicales, syndicats, mouvements autonomistes, culturels, de jeunes, etc.). L’U.T.C.E. doit être l’outil indispensable de demain pour concevoir et exécuter la « CHARTE DE RETOUR DES EXILES » supposant l’étude préalable des potentialités économiques, les mesures administratives, financières et des techniques de recyclage inhérentes à ce retour. Certes, cette Charte ne pourra être promulguée que par notre peuple libéré des entraves du colonialisme et donc maîtrisant son développement économique, social et culturel dans sa Patrie.

Les militants de l’U.T.C.E. ont déjà mené un combat courageux, d’avant-garde, qui mérite le soutien de tous les Corses lucides ; mais un militant ne contemple jamais ses mérites et jamais le passé ; il projette son action das l’avenir, vers les sacrifices, donc vers les victyoires.

Fratellanza,

Vice o More,

Edmond Simeoni

La Santé, le 29 février 1976

 

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau