1979 : Collection CAPI CORSU - 5 numéros de décembre 1978 à novembre 1979

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le numéro de Novembre, ce remarquable édito d'Achille Monti :

Editorial

Le reflux

 

“Le flux les apporta; le reflux les remporte”.

Le flot s’est retiré, ne laissant par ci, par là, sur nos plages qu’un peu d’écume sale et quelques détritus épars le long de nos côtes. Point de paillettes d’or ou si peu ! A l’heure du bilan et des comptes, un certain désenchantement s’est fait jour dans les esprits. La « saison» n’a pas tenu ses promesses ou, du moins, ses effets ne sont pas visibles à l’oeil nu, c’est le moins qu’on puisse dire. Du monde oui, presque trop, de l’argent peu, ou pas assez.

Alors tout juste si on n’accuse pas le touriste d’ingratitude lui pour qui on a fait tant, dont on guette le moindre désir, veillant à le satisfaire, aménageant par-ci ajustant par-là, le voilà qui vient et qui s’en va tout comme un consommateur ordinaire et encore, de préférence, de choses qui ne coûtent rien : la mer et le soleil.

Et du coup, à la réflexion, une fois le calme revenu, la décantation faite, le tourisme apparaît our ce qu’il est : un épiphénomène. Deux mois d’une pression humaine à la limite du tolérable, deux mois d’agitation, de bruit et de rumeur, deux mois d’une activité factice en surimpression sur un pays exsangue et puis... plus rien !

Demeurés seuls, dans notre pays redevenu ce qu’il est : un désert dans sa beauté poignante chaque fois un peu plus meurtrie, seuls mais lucides, redevenus nous-mêmes nous aussi nous retrouvons son état d’abandon et ses problèmes toujours là eux aussi. Tout comme avant,

Et au fond de nous mêmes nous savons que la question essentielle, l’unique question, est de lui redonner sa vie propre, profondément enracinée dans sa terre par ses enfants, où qu’ils se trouvent ici ou ailleurs, et ceux qui ont choisi d’y vivre, par eux tous et pour eux, d’abord.

Alors seulement il sera en état de supporter les autres!

                                                                                      Achille MONTI

                                                                                  Novembre 1979

Dans le numéro de juin, cet édito de soutien après mon interpellation :

EDITORIAL

 

Notre animateur Jean-Pierre Santini, a été interpellé le lundi 14 mai en début de matinée par la Police Judiciaire de Bastia suite à une enquête diligentée par la Cour de Sûreté de l’Etat. Transféré à Paris le 16 mai, il a été entendu le mardi 22 mai par le juge Seguin qui n’a rien retenu contre lui et a accepté sa mise en liberté. Le Parquet n’ayant pas fait appel, il a été relâché le vendredi 25 mai à minuit.

Cela devait être dit aux lecteurs de Capi Corsu. Si notre collaborateur est sorti grandi de cette épreuve, d’autres auraient pu se briser dans les rouages judiciaires, surtout quand il s’agit d’une juridiction d’exception.

Mais que l’occasion nous soit donnée ici de dire que quelque soit l’engagement personnel de Jean-Pierre Santini, il a, dans le cadre de son travail d’animateur dans le Cap Corse, toujours défendu avec la plus grande honnêteté et la plus grande rigueur les orientations décidées par les responsables élus de l’association.

Il suffit pour s’en convaincre de relire les éditoriaux des différents numéros de Capi Corsu, dont il est l’auteur, et qu’il nous soumet. Pas une ligne, pas un mot ne sont à retrancher. Cette attitude se retrouve dans ses activités ordinaires : son sens des contacts, sa facilité à saisir les problèmes de notre région, à proposer des réponses concrètes et possibles pour les régler, son énorme capacité de travail dans les domaines les plus divers, font de lui un animateur hors pair. Altruisme, disponibilité sans bornes, efficacité, sont de rares qualités. Jean-Pierre Santini les possède. Il les a mises au service du Cap Corse. Qui peut nier que notre région en a besoin ?

Il est vrai que pour certains, le dynamisme de notre collaborateur est, en lui—même, subversif. Car, dans cette terre du Cap qui hésite encore entre la défiguration et la mort lente, ceux qui espèrent faire triompher un renouveau à visage humain et y travaillent de toutes leurs forces, sont vite considérés comme des trouble-fête, des empêcheurs d’enterrer en rond. Ils contrarient les desseins de quelques profiteurs.

Au fond, Jean-Pierre Santini a peut être été coupable d’un pur délit d’opinion : celui de croire à ce pays et de faire en sorte qu’il revive.  Et, puisqu’il a seulement été interpellé « pour l’exemple», qu’il sache qu’il peut attendre plus que jamais de nous la plus chaleureuse et la plus profonde solidarité.

LE BUREAU DE L’APEC

COLLECTIF DE REDACTION : Dominique ANTONI    Achille MONTI Jean PIERETTI Jean Pierre RIDOLFI  Maurice HAVEL Antoine FRANCIONI   Jean CRISTINI   Gérard CASABIANCA

 

 

 

 

 

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau