ESSAIS POLITIQUES, EXTRAITS

 

FRONT DE LIBERATION NATIONALE DE LA CORSE, de l'ombre à la lumière, 2000, L'Harmattan

Etre un beau jardin tranquille et fermé sur lui- même, avec des hautes murailles contre les tempêtes et la poussière des grandes routes. mais aussi une porte accueillante.

Friedrich Nietzsche

Epilogue aussi bref qu’impossible...

I! est midi.

La lumière aiguise l’ombre à l’angle de tous les murs dressés. Elle écaille les fragments de pierres ordonnés par des mains absentes comme autant de signes d’une écriture en quête d’éternité.

De ces hautes solitudes minérales, on découvre la mer immense, cuirassée d’ors et de bleus.

Un homme est debout au seuil de sa porte dans la solitude douce de l’automne et le crépitement soyeux du silence.

 Le pays envahit tout entier son regard.

Cette plénitude soudain le rassure.

L’île est en lui comme il est en elle.

C’est l’île de tous les temps, l’île nomade qui cherche ses horizons, l’île incertaine qui dérive infiniment dans la nostalgie de l’unité.

Il sait qu’un jour, en terre, parce que c’est sa terre, il revivra ses rêves inaccomplis.

C’est ainsi qu’on dialogue avec les morts mais encore faut-il qu’il y ait des vivants car rien n’assure que les morts dialoguent entre eux.

Le soleil à présent cherche sa chute.

A chaque jour son crépuscule.

A chaque jour son aube.

Naître, renaître, natio, nascere, nazione.

                                                          

GHJUSTIFICAZIONE DI L'INDIPENDENZA DI A CORSICA, Essai politique, 2009, A Fior di Carta.

La pensée nationale corse contemporaine repose sur un grave malentendu. Ce malentendu prend paradoxalement sa source dans une référence à Pasquale PAOLI, le père de la Nation Corse. PAOLI, en effet, aurait exprimé le souhait que les Corses puissent se gouverner eux—mêmes (s’auto-gouverner) sous la protection d’une grande puissance. Ce souhait est la définition même d’un Statut Spécial ou d’Autonomie dans le cadre de la République Française. On notera, tout d’abord, que Paoli n’est pas resté dans l’Histoire pour cette prise de position somme toute conjoncturelle. Ce qui fait la renommée du « Général de la Nation Corse » c’est qu’il fut, concrètement, le constructeur de notre indépendance. Ainsi, toute référence à Paoli qui néglige l’essentiel de son œuvre pour s’inspirer d’une réflexion abstraite secondaire, témoigne d’une volonté manifeste d’entretenir le malentendu.

Comment définir précisément ce malentendu ?

Nous proposerons la formulation suivante : Le malentendu de la pensée nationale corse contemporaine consiste à se comporter politiquement comme si le peuple corse était dépendant d’un autre peuple pour la reconnaissance de sa propre identité et de ses droits naturels. De fait, toutes les organisations nationalistes actuelles revendiquent une reconnaissance constitutionnelle du peuple corse. Ces organisations ( y compris l’ex-organisation Indépendantiste FLNC) demandent que la Constitution d’un peuple étranger ( Le Peuple Français en l’occurrence) reconnaisse le Peuple Corse. On voit bien, ici, à quel point les esprits sont troublés, à quel point de dépendance intellectuelle, morale et culturelle  certaines fractions de notre peuple en sont réduites pour avancer une revendication aussi absurde. En réalité, qu’est-ce qui définit un peuple sinon l’ensemble des principes fondamentaux et des droits naturels que ce peuple se reconnaît lui-même dans le but d’organiser sa propre vie en société ? Or, l’ensemble de ces principes et de ces droits porte, pour tous les peuples de la terre, le nom de Constitution.

Un peuple se reconnaît par sa Constitution.

Un peuple ne se reconnaît pas par la Constitution d’un autre peuple sauf de se confondre totalement avec lui, d’y être totalement intégré. Si la Constitution n’est pas toute l’identité d’un peuple, elle est, en quelque sorte, sa carte d’identité.

Historiquement, au cours de ces vingt dernières années, des tentatives ont été faites pour tenter de dissiper le malentendu. Ainsi, le Front de Libération nationale de la Corse créé en 1976 par des indépendantistes, a-t-il clairement dénoncé la duperie réformiste de l’autonomie et de toute autre solution dans le cadre de la République Française. Mais, depuis, le sigle du FLNC sinon son contenu historique authentique, a été récupéré par des fractions elles—mêmes réformistes. Ces fractions recherchent aujourd’hui l’alliance avec le capitalisme international et le patronat corse. Avec ce dernier, elles sont prêtes à un pacte social pour mieux soumettre les travailleurs corses à leurs exploiteurs locaux. Quant au FLNC, ayant renoncé à la lutte d’Indépendance, il a perdu son identité. Sa capacité d’action n’a plus de contenu révolutionnaire. Elle relève du national-poujadisme, c’est à dire de l’utilisation de la violence pour dénoncer les excès les plus évidents du système impérialiste sans pour autant remettre celui-ci en cause.

Aujourd’hui, à l’exception des Indépendantistes, tous les nationalistes déterminent leur politique dans un rapport étroit à la politique de l’Etat Français. A titre d’exemple, on peut naturellement citer la trêve du FLNC qui est la conséquence directe du remplacement d’une fraction de la bourgeoisie française (dite de Droite) par une autre fraction (dite de Gauche) à la tête de l’Etat. Mais la nature de cet Etat a-t-elle pour autant changée ? Comment le Parti au Pouvoir peut-il être l’interlocuteur privilégié de certains nationalistes? N’est—il pas suicidaire comme le font certains, fidèles en cela à la vieille tradition autonomiste des « rassemblement de progrès » d’appeler à la recherche de convergences avec le PS ou le PCF ces vieux requins de Gauche de l’impérialisme français qui ont largement fait leur preuve à l’époque de la guerre de libération nationale en Algérie ?

Comme exemple de dépendance, on pourrait citer encore l’incessant débat autour des initiatives manipulatoires de Joxe qui a su diviser à merveille les fractions réformistes du Mouvement National Corse précisément  parce qu’elles sont réformistes et qu’il s’agit pour elles de se positionner dans les perspectives institutionnelles et électoralistes que peut leur offrir le pouvoir français. En un mot comme en mille, le but toujours inavoué mais bien réel de certains est de mettre en place un pouvoir « nationaliste » sous le parapluie de l’Etat français. La nature de ce pouvoir ne se différencie en rien de celle des clans. En effet, les clans actuels tiennent leur pouvoir de la seule volonté de l’Etat Français. Le pouvoir « nationaliste » espéré par les fractions réformistes, découlera aussi d’une volonté de l’Etat Français.

Chacun aura compris qu’il s’agit de remplacer l’ancien clan par un nouveau et de demander à l’Etat d’en garantir la légitimité. D’où la revendication apparemment paradoxale d’une reconnaissance constitutionnelle française du Peuple Corse.

Aujourd’hui, faute d’un combat démocratique appuyé largement sur la volonté populaire, on assiste à une tentative de mise en place d’un pouvoir “ nationaliste” au grand dam des vieux clanistes qui crient sans y croire au risque d’Indépendance, mais qui sont, par contre,  convaincus de leur élimination prochaine avec la bénédiction de l’Etat. De fait, la mise en place d’un nouveau pouvoir en Corse ne peut se faire que si l’Etat Français y trouve son intérêt. Par conséquent, ce n’est pas à notre peuple que s’adressent les fractions nationalistes réformistes, c’est à l’Etat Français. Ce n’est pas de notre peuple que ces fractions attendent la légitimité mais de l’Etat Français qui leur donne l’importance que commandent ses intérêts supérieurs. Ainsi, dans la pratique, le ridicule n’est-il pas atteint pour une lutte de libération nationale lorsque l’on voit tous les médias de l’Etat et de la bourgeoisie offrir la puissance de leurs images au service de ceux qui, pourtant, devraient être considérés comme des ennemis?  A-t-on jamais vu pareille comédie, pareille folklorisation dans une lutte de libération nationale de part le monde ? A-t-on jamais vu les moyens d’une propagande d’Etat servir complaisamment les ennemis supposés de cet Etat ? A-t-on songé un seul instant à la désastreuse impression que cela peut avoir sur les véritables combattants qui ont souffert et qui souffrent dans le monde des tortures et des massacres ? Dés lors, ne faut-il pas s’interroger sur tout ce que cela signifie ?

On offre des images aux enfants lorsqu’ils sont bien sages ou pour qu’ils le restent. L’Etat Français et ses formidables moyens de communication de masse sont en train de réduire notre histoire nationale aux péripéties d’une bande dessinée.

Aujourd’hui, comme en 1976 avec la création du véritable F.L.N.C., il appartient aux indépendantistes de dissiper ces malentendus qui nous conduisent à l’impasse.

Il faut rendre sa dignité et sa juste revendication au mouvement national corse.

 

INDIPENDENZA, essai politique, A Fior di Carta

UNE CORSE LIBRE, DEMOCRATIQUE ET SOCIALE

L’avenir du peuple corse réside dans l’unité pluraliste des forces de sa résistance nationale. Cette unité facilitera la création d’espaces de souveraineté permettant une opposition démocratique à l’exercice illégitime de la loi française sur notre territoire national. C’est bien de cela qu’il s’agit avec la constitution d’un Corps électoral corse et l’élection d’une Assemblée Nationale Provisoire. Mais on trouvera aussi, dans cette brochure, les thèmes fonda mentaux développés par A Chjama per 1’Indipendenza e u Sucialisimu. Ils témoignent d’un pluralisme réel au sein du mouvement national en proposant une vision politique, économique, sociale et culturelle résolument opposée à la mondialisation libérale et à l’impérialisme.

ASSEMBLEE NATIONALE PROVISOIRE, essai politique, A Fior di Carta

Ce recueil est le témoignage du combat inlassable qui fut mené pour tenter de convaincre le Mouvement National Corse de passer de l’ombre à la lumière en choisissant une voie démocratique, pacifique et citoyenne pour l’accession à une forme originale et populaire de souveraineté

Le projet d’Assemblée Nationale Provisoire (ANP) est sans doute le seul moyen susceptible de résoudre à la fois les contradictions entre le peuple corse et l’Etat français et celles qui minent, jusqu'à l’extrême violence, les différentes fractions nationalistes les réduisant ainsi au rôle de clans armés.

La Nation corse est toute entière dans la conscience et la volonté des hommes et des femmes qui, sans distinction d’origine, ambitionnent de bâtir sur notre île une communauté de destin.

Tenter,  comme le font certains, de restaurer les droits historiques de notre peuple dans les institutions actuelles est la pire faute politique qui soit Elle u engendré et engendrera encore les drames et les deuils.

La Nation corse se construira dans la clarté ou disparaîtra. Elle sera citoyenne ou ne sera pas.

 

FLNC Memoria d'avvene, Essai politique, 2016, A Fior di Carta.

CONSTITUTION (Extraits)

 

PRÉAMBULE

Le peuple corse proclame solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils sont dé-finis par la charte des Nations unies et par la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948.

I

SOUVERAINETÉ NATIONALE ET DÉMOCRATIE SOLIDAIRE

Article 1

La Corse est UNE DÉMOCRATIE SOLIDAI-RE qui permet le pouvoir direct du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ce pouvoir assure l'égalité des citoyens devant la loi dans le respect de toutes les opinions politiques et de toutes croyances philosophiques ou religieuses.

Article 2

Le corse est la langue officielle de la Corse.

L'hymne national est le "Diu vi salvi Régina".

La bandera à tête-de-Maure est l'emblème national.

Les deux principes qui fondent la souveraineté pleine et entière du peuple corse sont le mandat impératif et la procédure d'initiative populaire

Nationalité corse. Elle peut être acquise :

a) Par la naissance en Corse (droit du sol) : Est corse, la personne née en Corse lorsque l'un de ses parents au moins est né en Corse, quel que soit son lieu de résidence. La simple naissance en Corse ne vaut attribution de la nationalité corse que pour la personne née de parents inconnus ou apatrides, ou de parents étrangers qui ne lui transmettent pas leur nationalité.

b) Par filiation (droit du sang) : Est Corse, la personne, dont l'un des parents au moins est acces-sible à la nationalité corse, quel que soit son lieu de résidence. La filiation adoptive ne produit d'effet en matière d'attribution de la nationalité corse que si l'adoption est plénière.

c) À raison du mariage ou vie commune avec un conjoint accessible à la nationalité Corse : La nationalité corse est accessible à compter du mariage et à condition qu'à la date de cette déclaration la communauté de vie n'ait pas cessé entre les époux. Dans le cadre d’une vie en concubinage, à compter de la naissance d’un enfant dont la filiation est établie à l'égard des deux conjoints ou par un certificat de concubinage.

d) Après une période de 10 ans de résidence en Corse : Est corse, la personne qui, quelle que soit son origine ethnique religieuse ou autre, peut justifier d’une période de dix ans de résidence en Corse et qui déclare faire siennes les valeurs historiques et culturelles qui définissent la nation corse, dans le respect des individualités de pensée philosophique, politique ou religieuse. La notion de résidence s’entend d’une résidence fixe présentant un caractère stable et permanent coïncidant avec le centre des intérêts matériels et des liens familiaux.

Article 3

Le peuple est seul dépositaire de la souveraineté nationale. Il la délègue de façon ponctuelle à des représentants dans le cadre de mandats impératifs.

Les mandats impératifs peuvent être remis en cause à tout moment par le moyen d'une consul-tation populaire à l'initiative de 10 % au moins du corps électoral.

Le peuple peut aussi exercer sa souveraineté par les référendums d'initiative populaire organisés à la demande de 10 % au moins du corps électoral.

Les représentants ne peuvent avoir qu'un mandat unique renouvelable une fois.

La durée des mandats n'excède par 5 ans.

Le suffrage universel est toujours direct.

Le corps électoral est composé de tous les nationaux corses des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.

Article 4

Les organisations et les courants politiques participent à l'expression du suffrage universel dans le respect de la démocratie solidaire et de la souveraineté nationale du peuple corse.