Une Nation ne peut procéder que d'elle-même - Août 2000

Une Nation ne peut procéder que d’elle-même

 

L’approbation du projet Jospin par certaines organisations nationalistes est pour le moins surprenante. En effet, l’histoire de ces vingt dernières années nous enseigne que chaque « avancée institutionnelle » a transformé les contradictions de la société corse en antagonismes meurtriers. Les nationalistes ont payé le prix du sang pour les fautes d’analyse de quelques leaders qui recherchent désespérément une solution à la question nationale.., au sein de la république française

Rappelons cette évidence : une nation ne peut procéder que d’elle-même. Dès lors, il est absurde de demander sa restauration à un Etat qualifié de colonial et à des élus territoriaux qui, selon les moments (pré ou post électoraux), sont «collaborateurs» ou « représentants légitimes de la communauté corse». Ce double discours, hérité des chefs autonomistes, témoigne d’une impuissance â concevoir et à mettre en oeuvre une stratégie de reconquête des droits nationaux de notre peuple.

J’ai longuement analysé dans un ouvrage récent (1) les dérives institutionnelles qui accentuent la violence et proposé la seule alter native possible dès lors que l’on aspire sincère ment au renouveau de la Nation corse. Cette alternative, c’est l’édification démocratique, pluraliste et citoyenne d’une Assemblée Nationale Provisoire (A.N.P.) sur la base d’un Corps électoral corse volontairement constitué. En août 1999, le mouvement national semblait convaincu de la validité de cette stratégie. Des forces occultes l’ont ramené aux vieux démons des « avancées institutionnelles » qui ne sont pas une réponse à la contradiction principale de nature « nationale » entre la Corse et la France, mais à des contradictions secondaires de nature « sociale » entre fractions des classes dominantes. La promesse de 12 milliards de francs et de réformes fiscales avantageuses a emporté l’adhésion de ceux qui défendent des intérêts très particuliers. Décidément, pour l’Etat français et les notables insulaires la Corse est une marchandise. Considérant sans doute que la plus belle île du monde ne peut donner que ce qu’elle a, la bourgeoisie locale rêve de tout tourisme et teinte de proxénétisme le charme discret qui la caractérise.

Relativisant la « démarche institutionnelle» actuelle qu’un élu nationaliste imprudent a qualifiée « d’irréversible », le mouvement national doit mettre prioritairement en oeuvre une «démarche constitutionnelle corse».

Ce n’est pas dans les salons dorés de Matignon, entre gens de bonne et de même compagnie, que se nouera notre destin, mais dans l’organisation active d’une citoyenneté corse et de son expression pluraliste sous forme d’Assemblée Nationale Provisoire. Les Corses construiront ainsi avec dignité et cou rage une puissance publique qui leur soit propre. L’avantage annexe mais non négligeable de ce réel «processus de paix », serait de renvoyer à leurs casernements virtuels ces petites armées devenues dérisoires. Leur union deviendrait alors celle d’anciens combattants d’un ordre heureusement dépassé.  C’est ainsi qu’on chemine de l’ombre à la lumière. Mais il est vrai que le grand jour nuit à l’oeuvre florissante des rapaces nocturnes et que sous le « fait divers » pointent souvent d’odieuses politiques.

Jean-Pierre Santini

Août 2000

(1) Front de Libération Nationale de la  Corse, de l’ombre à la lumière — Editions l’Harmattan — Mars 2000.

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