Premier texte militant : Agir - 1971

Ce texte « militant » est le premier que j’ai écrit et publié dans le journal « Populu corsu » en 1971. Et il semble bien que, déjà, j’avais le pressentiment tragique de la disparition du peuple corse, mais aussi la volonté d’agir ...pour tenter de résister à l’inéluctable.

 

AGIR

 

Le temps doit conditionner la forme de lutte.

L’intervalle de temps où se déroulera  cette lutte équivaut en théorie à l’intervalle de temps qu’il faudra aux travailleurs d’abord puis aux masses corses pour être «déménagés ». En pratique, cet intervalle est nettement restreint, parce que, quelIe que soit la volonté lutte, elle ne peut toujours remplacer le nombre. La passion, la foi, la conscience et l’abnégation même, ne sont « opérationnelles » qu’alliées au chiffre.

L’existence dépend de la conscience.

La politique du colonialisme et de l’impérialisme en Corse pourrait apparaître comme localement triomphante en ce sens qu’une fois dispersées, les masses corses ne se « retrouveront » plus. Cette forme de génocide lent, cette longue agonie dans l’unidimensionnel européen serait irrémédiable d’ici à quelques années et quand bien même, alors, le socialisme s’imposerait à l’échelle française, européenne ou mondiale. (« L’histoire est un tribunal impassible... »).

Le peuple corse appartiendrait aux livres d’histoire, pas à l’histoire. Il Serait en enfer s’il est vrai comme l’écrit Morvan Lebesque, que l’enfer est une privation d’histoire.

L’amnésie d’un peuple équivaut à sa mort, parce qu’un peuple est d’abord une mémoire et une mémoire actualisée, c’est-à-dire une conscience.

Que faire ?

Le F.R.C. préconisait voici quelque temps une campagne d’animation. Les idées émises alors quant au contenu de cette campagne dénotait un souci louable de faire prendre conscience avec rigueur, honnêtement pourrait-on dire, des problèmes de la Corse et de son peuple.

L’animation est à l’agitation ce que la réflexion est au réflexe, ce que la révolution est à la révolte. En ce qui nous concerne cependant, si nous voulons être logiques avec nous-mêmes, l’accent doit être mis d’abord sur la partie agitation-réflexe-révolte. Entre le réformisme qui affaiblit et stérilise les forces révolutionnaires et le  terrorisme inacceptable et inefficace, la route à suivre certes est difficile. Pour réussir, il faudra allier le dynamisme et l’audace à l’imagination.

Il serait inacceptable que, dans l’avenir, les promesses que porte le F.R.C. soient, contrariées par un refus plus ou moins conscient, plus ou moins avoué de ses militants d’affronter une réalité qu’ils dénoncent.

« Le colonialisme ne part pas en vacances » écrivait voici à peu près un an, Alex Govi au militant solitaire que j’étais et qui lui faisait déjà reproche de l’absence totale d’organisation du Front.

Je crois qu’il faut très sérieusement méditer cette phrase de notre camarade. Et faire quelque chose, faire. Sans quoi, nous flatterons longtemps, notre nombril historique, nous réapprendrons la langue (Ah parler...) et nous garderons la bonne conscience d’un peuple défunt. Notre vie aura été bien remplie. Nous aurons été une sorte d’amicale politique. Un folklore parmi d’autres, d’un genre paradoxalement neuf,

Et on y aura beaucoup parlé...

Mais  l‘Histoire en parole, c’est de  l’Histoire en l’air.

 

Jean-Pierre Santini

1971

 

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