Pour une démocratie associative -Tribune libre de Kyrn - Février 1984

 

Pour une démocratie associative

Le système dit “libéral” s’appuie, en Corse, sur une bourgeoisie locale dont la fonction historique est de soumettre de larges fractions de notre peuple à des intérêts étrangers.

Dans la période actuelle, caractérisée notamment par l’expansion d’une activité touristique parasitaire, les pratiques habituelles de l’assistanat s’enrichissent de celles, moins archaïques, qui visent à anéantir le moral de notre jeunesse par l’illusion des paradis artificiels. L’objectif est de briser tout esprit de résistance et de réduire les aspirations de notre peuple à celles d’une population domestique.

Au niveau politique, le pouvoir de la bourgeoisie locale se concrétise dans le système des clans dont on peut penser que la force réside dans sa capacité à s’adapter à toutes les institutions. Mais y- a-t-il vraiment changement institution nel? En fait, anciennes ou nouvelles, les assemblées politiques relèvent toujours de la démocratie représentative.

La démocratie représentative consiste à déléguer entre les mains d’un petit groupe d’individus “élus”, le pouvoir populaire. Ce pouvoir est en réalité confisqué par des hommes dont l’unique souci est de se maintenir dans leurs mandats électifs.

Mais la démocratie représentative est insuffisante pour régler le fonctionne ment de la société. Celle-ci, comme la nature, a horreur du vide. Aussi produit- elle par le biais du phénomène associatif, une multitude d’expériences visant à rechercher de nouvelles relations entre les hommes afin d’améliorer ou de changer la société existante.

Il n’est pas surprenant, dès lors, que la vie associative se soit développée parallèlement au vaste mouvement national qui reste seul porteur de l’avenir du peuple corse.

Cependant, ni le mouvement associa tif, ni le mouvement national ne sont à l’abri de l’effet “répulsion-fascination” que produisent les idées dominantes. Les exemples ne manquent pas d’anciens contestataires auxquels le système a offert un strapontin dans ses institutions (mairies, assemblées, offices, etc.) et qui déploient soudain un extraordinaire opportunisme fait de reniements, de silences et parfois de trahison. C’est que le système est expert en répression “sélective” et qu’il joue à merveille de la fragilité des hommes et de leur vanité.

L’autre danger, collectif celui-là, consisterait pour le mouvement associa tif, à sombrer dans la pratique du groupe de pression qui ne serait rien d’autre, en l’occurrence, qu’une forme actualisée du clan.

Tous ces dangers sont inclus dans le modèle de la démocratie représentative qui limite les effets du phénomène associatif en l’enserrant dans les termes mêmes de la Loi de 1901. Le corset idéologique de cette loi a pour fonction de répliquer les schémas sociaux existants démocratie déléguée, titres honorifiques, hiérarchie, démarches individuelles, carriérisme, etc.

La question qui se pose au monde associatif corse, à l’heure où il recherche les voies de sa propre unité, est celle de sa capacité à se libérer des modèles sous peine de reproduire, à terme, le type de société qu’il prétend combattre.

Le mouvement associatif corse doit adopter résolument une attitude alternative où prime la démocratie populaire directe, la responsabilité et la décision collectives, la libération totale de l’information, etc.

Certes, le milieu ambiant impose encore de vieux réflexes clanistes mais l’idée commence à s’imposer d’une théorie et d’une pratique associatives qui donnent l’image de formes sociales nouvelles pour la Corse de demain.

L’histoire de nos anciennes communautés rurales nous guide sur le sentier lumineux de la Démocratie Associative. Puisse la mise en oeuvre par le peuple corse d’une telle démocratie, marquer sa volonté de partir, lui aussi, “à l’assaut du ciel”.

Jean-Pierre Santini

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