Mars 1976 : Pour l'Unité du mouvement révolutionaire corse.

Voici l'édito du numéro 4 de LIBERTA paru en mars 1976, à un mois de la création du FLNC. L'anlayse qui est faite des deux courants, réformiste et révolutionnaire, semble encore pertinente aujourd'hui malgré les ruses de vocabulaire à propos des "pôles" indépendantistes et autonomistes. En réalité, les courants réformistes et révolutionnaires sont tranversaux à ces "deux pôles" qui ne se justifient que par leurs ambitions électorales dans le cadre de la république française. C'est d'ailleurs à ces ambitions présentent aussi bien dans les "pôles" autonomistes '(Chjama Naziunale/PNC) et indépendantistes (Coalition "Corsica Libera") que l'on reconnaît leur nature réformiste.

Pour l’unité du mouvement révolutionnaire corse

Analyse de la situation actuelle dans le mouvement patriotique

 

Le mouvement patriotique se divise en deux courants bien distincts

— le courant réformiste

— le courant révolutionnaire

I. LE COURANT REFORMISTE

Ce courant est le plus puissant, il est principalement représenté par l’A.P.C. Cette organisation prone l’autonomie au sein de la République Française. Elle affirme l’action pacifique. A côté de l’A.P.C. tente de se constituer une organisation réformiste de gauche qui prône l’autonomie et le socialisme toujours par des voies pacifiques.

A. A.P.C

Sa naissance doit être considérée comme principalement positive. Elle permet de combler partiellement le vide politique qui s’était instauré depuis la dissolution de l’A.R.C. Elle est une structure d’accueil pour de nombreux patriotes “arrivés” à l’autonomisme depuis Aleria. Elle prouve, par sa réunion  de Caterraghju, que la mobilisation et la volonté de lutte de notre peuple n’a en rien faibli. De plus, la naissance de l’A.P.C. prouve si besoin en était, la vigueur de la revendication autonomiste.

Dans son manifeste, l’A.P.C. avance quelques revendications susceptibles d’être satisfaites dans le cadre autonomiste (corsisation des emplois, création de débouchés sérieux sur son propre sol, formation des hommes dans leur milieu par une véritable Université de Corti, la récupération à des fins collectives des terres colonisées, le retour des compatriotes qui le désirent, le respect de notre culture, la défense de notre Langue, la défense d’une qualité de vie encore préservée, etc. ).

Ces revendications sont justes et doivent être soutenues.

Si l’A.P.C. présente de nombreux points positifs, il n’en reste pas moins que son programme est réformiste, c’est-à-dire qu’il est opposé à l’action révolutionnaire. Tout réformisme à ses limites, ses insuffisances, ses erreurs, ses illusions, sa pseudo-sagesse.

Certains passages du manifeste sont à cet égard révélateurs. Nous y relevons :

- que la CORSE est malade entre autre  « des choix explicables mais dangereux des Corses que le refus de voir mourir leur Peuple conduit aux excès de la colère et du désespoir ».

- que  « ses objectifs (de l’A.P.C.) s’inscrivent dans le cadre de la République Française et visent à obtenir d’elle seule les mesures législatives internes destinées donner au Peuple corse les moyens de sa survie et de son développement ».

- que «le mouvement étant public, il dispose pour s’exprimer d’autres moyens que la violence qu’il juge peu efficace et, par l’alibi qu’elle offre à la provocation et à la répression dangereuse... »

- que « le mouvement est un mouvement d’adultes... »

- que «  le passage à l’autonome se fera grâce à l’information lucide du Peuple et dans sa pression massive sur le pouvoir. »

- que « La Corse autonome ne saurait vivre que sous le régime voulu par la République Française. »

- que « Tout Corse, même s’il est notre adversaire sur le plan des idées, est de ce Peuple que nous voulons sauver ».

En résumé, L’A.P.C.

-         critique sévèrement les patriotes révolutionnaires.

-         oppose ce qu’il appelle les “sages” aux “excités”.

-         condamne la violence.

-         respecte la légalité française.

-         se présente comme un mouvement d’adultes qui se méfie de la jeunesse.

-         fixe son objectif final : l’autonomie dans le cadre français.

-         propose comme seules formes de lutte, l’information et la pression.

Voilà tout le programme réformiste de  L’A.P.C.

 

B. LE P.P.C.A

Une ligne ambiguë empêtrée dans de graves contradictions, voilà ce qui domine après l’intervention de son porte-parole. Cette organisation se veut Autonomiste, Révolutionnaire et Socialiste Elle critique sévèrement I’A.P.C. en la présentant comme un mouvement conservateur et réformiste.

- le P.P.C.A. se veut révolutionnaire, il développe cependant une ligne pacifiste il nie toute lutte de libération nationale, toute lutte armée. Les partisans de cette lutte armée seraient, d’après lui, des romantiques.

- le P.P.C.A. se différencie de l’A.P.C. parce qu’il revendique une Autonomie socialiste. Il n’en précise ni le contexte, ni les moyens pour y parvenir. S’agirait-il d’une Corse autonome et socialiste dépendant d’un Etat français capitaliste ? Cette situation est tellement absurde qu’on ne peut même pas l’envisager.

S’agira-t-il d’une Corse autonone dépendant d’une FRANGE socialiste ? Si oui, de quel socialisme s’agit-il (celui de Mitterrand, de Marchais) ? Si oui, cela signifie-t-il que la lutte du Peuple Corse est de même nature que celle du Peuple français ? Mais alors, pourquoi mener une lutte spécifique ?

- le P.P.C.A. s’affirme pacifiste mais il éprouve de la sympathie pour les actions révolutionnaires et va même jusqu’à regretter les décisions de GHJUSTIZIA PAOLINA d’arrêter les plasticages.

- enfin, le P.P.C.A. affirme qu’en définitive, il faudra une action violente qui ne sera pas nécessairement l’affrontement armé.

Voilà tout un tissu de contradictions qui permet de classer le P.P.C.A. dans le courant réformiste sans pour autant lui claquer la porte de la révolution.

II. LE COURANT REVOLUTIONNAIRE

Ce courant est représenté par tous les patriotes qui sont convaincus que seule la violence révolutionnaire chassera le colonialisme français et qui ne se reconnaissent nullement dans les déclarations pacifistes de l’A.P.C.

- Ces patriotes non seulement ne veulent pas condamner les patriotes révolutionnaires, mais bien au contraire considèrent leurs actions comme très positives.

- Ces patriotes n’ont aucune confiance, aucun respect pour cette légalité française que nous subissons depuis deux siècles.

- Ces patriotes ne rejettent pas la violence, car elle est le seul langage que semble comprendre le colonialisme français.

- Ces patriotes ne craignent pas les initiatives intempestives de la jeunesse, ils fondent leurs espoirs sur cette jeunesse.

- Ces patriotes sont certes favorables à l’autonomie sans pour autant la présenter comme le but final susceptible de tout résoudre.

Ces patriotes :

- Ils sont autonomistes.

- Ils sont autonomistes et socialistes.

- Ils sont indépendantistes et nationalistes.

- Ils sont indépendantistes et progressistes.

- Ils sont communistes et patriotes.

- Ils en sont encore à se demander quelle est la meilleure solution (autonomie ou indépendance).

- Ils sont pour le droit à l’autodétermination.

- Ils sont organisés ou inorganisés.

Ils sont des milliers !

Ce courant, s’il représente l’espoir de survie de notre Peuple, n’en présente pas moins à l’étape actuelle de graves faiblesses. Il se caractérise en effet par l’inorganisation, la dispersion, la balkanisation.

C’est seulement s’il arrive à vaincre ces défauts qu’il deviendra efficace et qu’il pourra accomplir la tâche qui lui incombe : LIBERER NOTRE PEUPLE.

UNE SEULE SOLUTION : TRANSFORMER CE COURANT EN UN PUISSANT FRONT DE LIBERAT ION.

Edifier le FRONT c’est souhaitable et possible. Si nous étudions les différentes tendances qui coexistent au sein du courant révolutionnaire, nous constatons qu’il  n’y a pas de contradictions insurmontables entre ce qu’elles expriment et ce que pourrait être un programme minimum de FRONT, à savoir

- CHASSER LE COLONIALISME FRANCAIS.

- LUTTE REVOLUTIONNAIRE SOUS TOUTES SES FORMES.

- AUTODETERMINATION DE NOTRE PEUPLE

S’unir sur un tel programme c’est respecter les différentes tendances au sein du FRONT, c’est admettre la lutte idéologique au sein de ce FRONT.

 

TOUT FAIRE POUR EDIFIER LE FRONT !

- Chaque organisation, révolutionnaire légale ou clandestine,

- Chaque patriote convaincu de la nécessité de la révolution et de sa préparation politique et organisationnelle,

doit tout faire pour

- EDIFIER LE FRONT.

- ABATTRE L’ESPRIT DE CLAN, DE CHAPELLE.

- FAIRE ACCEPTER LE COMPROMIS NECESSAIRE A LA LUTTE DE LIBERATION.

 

 

 

 

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