Mai 1975 : L'autonomie et le droit à l'indépendance.

Cet article définissait pour la première fois ce que serait le futur Front de Libération Nationale de la Corse. Il fait une analyse détaillée des carences, des faux semblants, du double langage et des illusions de l’autonomisme corse. Ce qui est surprenant, 34 ans après, c’est que ce courant réformiste, intégré aux institutions françaises, uniquement préoccupé d’y occuper quelques strapontins,  persiste dans une erreur suicidaire pour le peuple corse entraînant dans cette interminable dérive des fractions indépendantistes condamnées à la même impasse.  

 

 

L’autonomie et le droit à l’indépendance

 

Depuis quelques mois, les nombreux contacts enregistrés par le PCS indiquent nettement que ses thèses sur le droit à l’autodétermination, c'est-à-dire sur le droit à l’indépendance nationale trouvent un échos favorables parmi les patriotes corses et notamment les jeunes. Pour être tout à fait objectif, il faut reconnaître que quelques uns ont manifesté leur inquiétude à la lecture de nos analyses et en prenant connaissance de notre ligue politique, fondement de notre action future.

Essayons de comprendre ce qui fait cet intérêt ou ces inquiétudes.

L’intérêt pour les thèses et la ligne politique du PCS est dû à la clarification qu’elles introduisent dans une revendication corse s’exprimant encore confusément à travers l’autonomisme.

Qu’y-a-t-il de confus et d’ambigu dans les deux thèses autonomistes en présence, celle du PPCA et celle de l’ARC ?

Le PPCA se trouve actuellement dans une incroyable confusion théorique, politique et idéologique. Niant qu’une autonomie démocratique dans le cadre capitaliste puisse vraiment changer quelque chose de fondamental en Corse, affirmant qu’une telle autonomie ne fera que le jeu d’un nouveau clan, le PPCA se bat pour une « Autonomie socialiste». Est—il besoin de dire que c’est là une façon de se payer de mots ? Qui ne voit en effet qu’une telle revendication est absurde dans le cadre actuel ? Au mieux, pour la logique, peut-on dire qu’elle correspond à une volonté séparatiste car une Corse socialiste par rapport à une France capitaliste ne peut se concevoir que dans une perspective de rupture. Les acrobaties théoriques du PPCA pour démontrer qu’en fait il ne s’agit pas de séparatisme ou d’utopie, mais de l’attente patiente de l’arrivée au pouvoir parisien d’une gauche française, dénote  une grave crise de confiance dans les capacités révolutionnaires de notre peuple. De plus, une telle attitude réduit la revendication autonomiste à un sous réformisme par rapport au réformisme de la gauche française : il s’agirait au fond de réformer le programme commun.

Plus intéressante, plus réaliste est l’analyse de l’ARC. Sa revendication d’une autonomie démocratique dans le cadre actuel est effectivement la seule revendication sérieuse possible. Nous l’approuvons entièrement et nous la soutenons sans réserve, Tout serait parfait dans cette revendication si nous avions la certitude qu’un jour ou l’autre elle serait plus ou moins satisfaite. Or, sans dire que nous avons absolument la certitude inverse, nous doutons profondément de la volonté de l’Etat colonialiste, cet Etat qui nous opprime depuis plus de 200 ans, de se réformer (car c’est cela l’autonomie, une réforme de l’Etat français), en faveur de sa colonie corse. N’oublions pas les propos de Delaunay ou de Libert Bou : « L’autonomie met l’Etat en danger », « Il n’est pas question de négocier la Constitution française. »

Nos amis de l’ARC sont bien conscients de la volonté de l’Etat de ne pas satisfaire la revendication autonomiste. Ils savent que si cette revendication n’est pas satisfaite assez vite, c’est le « Nationalisme corse » (nous disons pour notre part : la lutte de Libération Nationale du peuple corse) qui risque d’être « tué ».  Ainsi écrivent-ils dans un récent éditorial d’Arritti : « L’ARC n’a jamais rejeté la possibilité d’un combat pour l’Indépendance s’il s’avérait qu’on y contraint les Corses (...) mais cette possibilité qu’on ne peut pas exclure pour venir est irréaliste aujourd’hui... »

Cette déclaration est apparemment très raisonnable. Au PCS, avec tout le respect et toute l’admiration que nous avons pour nos frères de l’ARC, nous  pensons qu’elle ne l’est absolument pas.

Voici pourquoi :

Deux hypothèses sont envisagées dans ce raisonnement.

1ère hypothèse : nous nous battrons pour l’Indépendance si on nous y oblige.

2ème hypothèse :  nous ne nous battons pas pour l’Indépendance car pour l’instant nous n’y sommes pas obligés : en effet, la revendication autonomiste peut être satisfaite.

Ce qu’il y a d’irrationnel dans ce raisonnement c’est que, au lieu de s’appuyer sur la seule réalité qui doit déterminer notre prise de position politique à savoir : LA CORSE EST UNE NATION ANNEXEE ET COLONISEE, on transfère le problème de la ligne politique sur les deux hypothèses contradictoires de la réussite ou de l’échec de l’autonomie. Dans l’hypothèse de la réussite, il est dit qu’il n’est pas nécessaire de se battre pour l’Indépendance. Dans l’hypothèse de l’échec, il est dit qu’il sera nécessaire de se battre pour l’indépendance.

MAIS, ET C’EST LA QUE LE RAISONNENENT N’EST NI RAISONNABLE NI FONDÉ SUR LA REALITE COLONIALE, c’est que, dans chacune des deux hypothèses, c’est une POSITION DE PRINCIPE qui est  prise (« On luttera pour l’Indépendance » ou l’inverse) et non une POSITION BEALISTE (« Donnons-nous les moyens de lutter pour l’indépendance au cas où ce serait nécessaire. »)

Là est toute la différence entre nos amis de l’ARC ou l’ensemble des mouvements autonomistes et nous-mêmes.

Nos amis de l’ARC nous permettrons de leur dire, sans aucun esprit polémique, que leur raisonnement est exactement celui de ces trop nombreux naïfs qui finissent par être toujours victimes de l’histoire.

Souvenez—vous Allende au Chili. Il voulait une Révolution pacifique. On jugeait son attitude sérieuse. On vitupérait contre « les groupes gauchistes » qui voulaient neutraliser l’armée et armer le peuple. Le réaliste, le sérieux, c’était Allende. Les rêveurs, les aventuristes, c’était les militants du MIR. L’histoire a tranché. Et ce n’est plus une querelle de mots. L’histoire a montré que les sérieux et les réalistes c’était ceux qui voulaient se préparer à la lutte. Le rêveur, le naïf, l’enfant de choeur et l’aventuriste, c’était Allende. Allende a fait comme nos amis de l’ARC préconisent de faire en dernier recours : lutter les armes à la main. Mais il était trop tard Il n’était pas préparé. Son peuple n’était pas préparé.  L’histoire fourmille de ces exemples ; Nous laissons à nos amis de l’ARC ou du PPCA le soin de s’y référer.

Dire qu’on luttera pour l’Indépendance si on nous y contraint est-ce bien sérieux? Ce qu’il faut dire c’est : PREPARONS-NOUS D’ORES ET DEJA à lutter pour l’Indépendance. Prendre les armes et être en mesure de les prendre, cela se prépare. Organiser la lutte de masse, grève, occupations, cela se prépare. Cela ne se décrète pas au nom d’un principe improvisé sur une réalité nouvelle imposée par l’ennemi. Nous disons que la déclaration de l’ARC affirmant qu’elle ne rejette pas la possibilité d’un combat pour l’Indépendance est une affirmation gratuite et irréaliste. Car, ce qui fait la possibilité d’un tel combat ce n’est pas la réaction spontanée à une situation de contrainte, mais la PREPARATION REELLE d’un tel combat. Ne pas préparer d’ores et déjà ce combat, c’est EMPECHER TOUTE POSSIBILITÉ qu’il ait lieu même si cela devenait nécessaire.

Qu’entendons—nous par « préparer le combat pour l’Indépendance ? »

Est-ce nous armer, nous entraîner militairement, nous organiser en milices populaires ou en groupes d’autodéfense bref, revêtir toute la panoplie guévariste et aller, parallèlement à la Légion, battre le maquis ? Non, l’essentiel c’est, en proposant à notre peuple en lutte une stratégie politique de combat, de le préparer à toute éventualité.

Le meilleur parcours du combattant est dans la justesse d’une ligne politique. La meilleure des mobilisations est dans la clarté des analyses et des mots d’ordre. Or, et nous le disons fraternellement, les deux mouvements autonomistes, ARC et PPCA, ne proposent pas de ligne politique et de mots d’ordre suffisamment clairs. Leur constat de la réalité coloniale de la Corse est excellent, mais leur stratégie politique est dérisoirement disproportionnée par rapport à ce constat. Leurs objectifs sont par ailleurs imprécis et il est évident qu’un chemin est difficile à suivre lorsqu’on ne sait pas exactement où l’on va et jusqu’où l’on va.

Par exemple : est-ce que l’autonomie est un objectif correspondant à l’analyse coloniale ? Nous ne le pensons pas. Si la Corse est une NATION ANNEXÉE ET COLONISÉE comme chacun s’accorde à le reconnaître, alors, l’objectif C’EST LA LIBERATION NATIONALE ET RIEN D’AUTRE. Vers cette Libération Nationale, l’autonomie est un premier pas, c’est à dire un moyen parmi d’autres d’avancer un peu plus vers cette Libération. Mais ce pas un objectif en soi, ni un moyen unique et nécessaire.

Il appartient à nos amis de l’ARC et du PPCA de dire, si oui ou non, leur objectif est bien celui de la Libération Nationale du peuple Corse et de préciser comment,  selon eux, peut se traduire, se réaliser, se concrétiser cette libération.

Il est fréquent de lire dans ARRITTI ou POPULU CORSU que les DROITS NATIONAUX du peuple corse doivent être reconnus. Est-ce que cela signifie la même chose que lutter pour la Libération Nationale ? On peut le croire à première vue. Mais, lorsque l’on sait que l’ARC et le PPCA ne veulent pas entendre parler du DROIT A L’AUTODETERMINATION qui est la revendication fondamentale du P.C.S., on peut douter de la clarté de leurs objectifs. Car enfin, LA PRINCIPALE FORME DE L’OPPRESSION NATIONALE c’est le refus fait à une Nation du droit de se constituer en Etat national indépendant, c’est à dire du droit à l’autodétermination. Ainsi, lorsque l’ARC et le PPCA prétendent défendre les droits nationaux de notre peuple et qu’ils refusent en même temps le droit à l’autodétermination, ils vident absolument de leur substance principale les Droits Nationaux dont l’essentiel est le droit d’une Nation à la libre disposition d’elle-même.

Concevoir la Nation corso sans le droit à l’autodétermination, c’est la concevoir comme une Nation à jamais vassale, à jamais vaincue, à jamais colonisée. De cela nous ne voulons pas. Et il était nécessaire que ce fût dit.

Nous apporterons à ce niveau une clarification supplémentaire et nous ferons apparaître inversement une confusion répandue et d’ailleurs également constatée dans les éditoriaux de nos amis d’ARRITTI.

Cette clarification est la suivante: lorsque le P.C.S. revendique le droit à l’Indépendance Nationale IL NE REVENDIQUE PAS DANS L’IMMEDIAT L’APPLICATION DE CE DROIT. Cela est affaire de rapports de force et d’opportunité, Le droit à l’Indépendance ne signifie pas plus l’Indépendance que le droit au divorce ne signifie le divorce. Par contre nous préconisons par delà la simple revendication de principe du Droit à l’Indépendance, de LUTTER POUR PERMETTRE QU’UN JOUR L’APPLICATION DE CE DROIT SOIT POSSIBLE.

Notre rôle est de donner à notre peuple les moyens de sa libération nationale (Droit à l’autodétermination et préparation à la lutte pour l’application de ce Droit), MAIS cette Libération Nationale c’est le peuple lui même qui l’accomplira (Lutte pour l’Indépendance). Autant il nous paraît être un devoir fondamental de patriote corse que de tout faire pour que la juste lutte de notre peuple aboutisse et se concrétise, autant il nous paraît être un erreur que de nous substituer à lui de manière inopportune en devançant un choix que de façon massive et seul il peut faire.

Soyons l’arme de notre peuple. C’est à lui qu’il appartiendra de s’en servir.

On voit bien quel est l’aspect novateur et essentiel du Droit à l’autodétermination et de la lutte pour l’application éventuelle de ce droit.  Ce nouveau concept lié à l’autonomie la justifie et la clarifie. En effet,  ce qui est gênant dans la conception que des mouvements autonomistes comme l’ARC et le PPCA ont de l’autonomie, c’est qu’elle apparaît en quelque sorte comme ces mariages qui avaient cours il y a peu de temps encore dans la péninsule Italienne. On était indissolublement lié à vie. On n’avait pas le droit de divorcer quel que soit le degré de souffrance et de souillure que pouvait atteindre la cohabitation. C’est un peu comme cela l’autonomie de l’ARC et du PPCA. Nous disons, nous, qu’il faut lutter d’ores et déjà pour le droit au divorce et nous préparer à son application si besoin était. Nous le disons avec d’autant plus de force et de conviction que dans les prémisses mêmes de la revendication autonomiste de l’ARC et du PPCA, se trouve l’hypothèse tout à fait vraisemblable et d’ailleurs envisagée explicitement, d’un conflit entre la Corse autonome et l’Etat français.

Le PPCA tourne naïvement la difficulté on faisant de la Corse, une fois l’autonomie acquise, une sorte de planète Mars où le conflit se règlera seulement entre la bourgeoisie corse et les travailleurs. Cette monumentale erreur théorique qui néglige le principal adversaire C’EST A DIRE L’ETAT, outre qu’elle fait la preuve que le PPCA n’est pas dans le camp du socialisme, invalide toute la ligne politique de cette organisation.

Quant à nos amis de l’ARC, ils prétendent contradictoirement dans leur brochure « Autonomia » pages 168 et 169, qu’ils défendront toujours la volonté du peuple corse envers et contre tous, MAIS... qu’il faudra se plier aux lois générales de l’Etat !!! Etrange raisonnement !

Nous, nous posons la question clairement : dans le cas d’un conflit entre la peuple corse autonome et l’Etat, que feront l’ARC et le PPCA ? La volonté du peuple corse sera-t-elle bafouée, se pliera-t-elle à la volonté de l’Etat impérialiste ? En quoi, dés lors, l’autonomie exprimerait-elle la volonté du peuple corse? En quoi l’autonomie serait-elle cette institution permettant l’expression de la volonté du peuple corse ?

Ce sont là des questions très graves, insuffisamment abordées par les deux mouvements autonomistes.  L’ARC l’a bien compris qui reconnaît dans un récent éditorial d’Arritti que « un délai est désormais nécessaire à une décantation et une clarification ».  Pour le PARTITU CORSU PE’U SUCIALISIMU qui publiera fin juin une brochure proposant à tous les patriotes corses une stratégie sérieuse pour la Libération Nationale de la Corse, un travail en profondeur a été accompli. Il est en train de porter ses fruits au niveau de nos compatriotes. Cela ne nous empêche pas d’en appeler nous aussi au dialogue, à la volonté de convergence de tous les patriotes dans l’intérêt majeur de notre peuple.

Publiquement,  nous reformulons notre proposition d’un Front corse pour l’autonomie sur la base d’un programme minimum commun et d’une stratégie pour y atteindre.

Parallèlement,  le P.C.S,, seul Partitu Corsu qui lutte pour le Droit à l’Indépendance nationale de la Corse et pour la nécessaire préparation à l’application de ce droit, envisage dans sa stratégie la constitution d’un FRONT DE LIBERATION NATIONALE, seul instrument de lutte capable de garantir notre Nation contre toute entreprise de récupération ou de liquidation et de la conduire à l’accomplissement légitime de sa lutte de Libération Nationale.

 VIVE LA LUTTE DE LIBEBATION NATIONALE DU PEUPLE CORSE !

                                                                                  Article collectif des militants du P.C.S.

 

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