Les vers nationalistes dans la farine électorale française

Les vers nationalistes dans la farine électorale française

 

Enthousiasme de la « base », déclarations des « chefs de file » qui évoquent la perspective d’un « basculement historique » d’une « prise de pouvoir  possible» et d’une Corse « gouvernée » par les nationalistes… Voilà qui prêterait à sourire si la survie même de la nation corse n’était  en jeu.

Et tout cela, parce que les deux tendances nationalistes, Femu a Corsica et Corsica Libera, ont atteint 28% des voix du corps électoral.

De toute évidence, les « chefs de file » des ces deux tendances n’ont effectivement qu’un seul objectif : devenir majoritaires dans les institutions françaises et, comme ils disent, « gouverner la Corse » à partir de celles-ci… tout en restant dans le cadre de la République et de l’Europe, c'est-à-dire du système capitaliste.

Nos fins stratèges ne sont pas à une contradiction près, aussi énorme soit-elle. Mais ils n’abusent ni l’Etat français, ni les instances européennes, ni le système libéral.  Il leur suffit d’abuser les patriotes corses pour  satisfaire leur ambition. Il ne s’agit pas, qu’on entende bien, d’ambitions « personnelles » mais d’ambitions de classe.  En effet, la structure sociologique des deux tendances nationalistes est celle de partis interclassistes, c’est à dire de formations politiques regroupant des classes et des couches sociales aux intérêts contradictoires… mais toujours dirigées par des représentants de la bourgeoisie locale.  Ces représentants n’ont qu’un seul objectif : faire grossir la boutique de la classe qu’ils représentent en utilisant des slogans populistes  pour masquer leurs intentions réelles.

Parmi ces slogans le plus surprenant est celui d’une « citoyenneté corse ».  Cette « revendication », si elle était satisfaite, pourrait, selon ses promoteurs, permettre  que le patrimoine foncier et immobilier soit réservé aux « citoyens corses ».  

Passons sur l’absurdité d’une telle revendication quand on se situe dans le cadre français et européen où la règle première est la libre circulation des biens et des personnes.

Par contre,  posons-nous simplement cette question : les Corses, dans leur grande majorité, ont-ils les moyens d’acheter les terrains ou les maisons offertes sur le marché… par d’autres Corses ?  Et l’auraient-ils s’ils étaient  « citoyens corses »

Evidemment non. Les Corses dans leur grande majorité n’ont pas les moyens financiers de telles transactions… et seraient plutôt satisfaits d’un effort collectif réalisé pour les logements sociaux.

Par contre, une fraction minoritaire du peuple corse peut acquérir du foncier et de l’immobilier. Cette fraction, c’est effectivement la bourgeoisie locale.

On voit ainsi que la revendication démagogique et populiste de la « citoyenneté corse » associée au slogan « Terra corsa a i Corsi » est destinée à abuser les patriotes. Elle répond fondamentalement à une aspiration de classe.

Mais il faut aller plus loin dans l’analyse et se poser la question de savoir de quelle manière les aspirations de classe de la bourgeoisie nationaliste pourraient être le mieux satisfaites.

Le chemin a été clairement tracé par la tendance autonomiste regroupée au sein de « Femu a Corsica ».

C’est un retour de quarante ans en arrière sur des thèses autonomistes sans perspectives historiques pour la nation corse.

Et ce retour fascine désormais les chefs de file de l’autre tendance, Corsica Libera, tout près à réduire plus encore l’importance de la lutte de masse et de la lutte armée qui effectivement n’ont qu’un intérêt relatif pour la « conquête du pouvoir » dans le cadre institutionnel français.

Il faut donc s’attendre dans les mois et les années à venir à une élimination définitive des deux thèmes fondateurs de la libération nationale et de la libération sociale et de toute autre forme de lutte que celle, « institutionnelle »,  passant par les urnes de la république française, devenues, de fait, les urnes funéraires de la nation corse.

Le ridicule d’une annonce pré-électorale de 24 attentats en une année par une organisation « clandestine » témoigne de ce qui est en train de se passer : une liquidation pure et simple du Front de Libération Nationale de la Corse tel que l’ont initié ses fondateurs.

Les directions bourgeoises du mouvement national corse sont comme des vers dans la farine électorale française. Enfermées dans leur boite institutionnelle, elles se gavent d’une nourriture qui empoisonne la nation et la condamne à mort.

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