Les deux lignes - Ligne autonomiste et ligne indépendantiste - Janvier 2003

 

LES DEUX LIGNES

 

En ce début d’année 2003, le mouvement national corse se trouve à la croisée des chemins.

Deux démarches stratégiques contradictoires lui sont proposées :

  • La première est une stratégie de souveraineté nationale.
  • La seconde est une stratégie autonomiste et régionaliste.

 

Une stratégie de souveraineté nationale

 

Cinq organisations, Fronte Corsu « Indipendenza e Sucialisimu », l’ANC, Indipendenza, Corsica Nazione et I Verdi Corsi, se sont engagées depuis le 18 mai 2002, dans la démarche stratégique de la Cunsulta Naziunale dont les objectifs clairement  définis sont les suivants :

 

·         affirmer la souveraineté de la Nation Corse

·         élaborer un projet constitutionnel commun

·         donner à la lutte du peuple corse une dimension internationale

·         débattre et à jeter les bases d’un projet économique, social et culturel

·         s’opposer, par la mobilisation populaire, à toute réalisation contraire aux intérêts  nationaux du peuple corse.

 

Les cinq organisations ont accompli un travail considérable.

      Le processus de constitution du Corps électoral corse est concrètement engagé. 

Les demandes d’inscriptions affluent.

      La stratégie démocratique,  patriotique et citoyenne de la Cunsulta Naziunale met notre peuple en mouvement :

 

  • Elle facilite l’évolution du sentiment national à la conscience nationale.
  • Elle permet à notre communauté de construire sa propre démocratie nationale parce que c’est dans le cadre de la nation et d’elle seule que pourra être assurée la pérennité du peuple corse.

 

Dans leur conférence de presse du 23 août, les cinq organisations qui animent la Cunsulta Naziunale ont d’ailleurs clairement affirmé :

 

  • Qu’il est illusoire d’imaginer que nous puissions obtenir notre reconnaissance en droit et notre liberté dans le cadre de la  Constitution d’un autre pays.
  • Que cette hypothèse fait le jeu de l’Etat colonial et des clans qui le servent.
  • Que la promesse de quelques miettes de pouvoir généralisé à toutes les régions françaises a pour objet de renforcer les féodalismes locaux.
  • Que, pour la Corse, l’objectif inavoué de l’Etat français, c’est la liquidation définitive du problème national. Ainsi, pour le chef de l’Etat français, il n’existe pas de problème national corse et, évidemment, ni peuple ni nation corses. 

 

Par ailleurs,  les cinq organisations ont insisté sur le fait que toutes les étapes de la négociation vers la souveraineté nationale seront conduites sous l’égide de la Cunsulta Naziunale.

Or, tandis que se développait cette démarche stratégique vitale pour l’avenir de notre peuple, on a pu assister dans les deux derniers mois de 2002, à l’émergence d’une stratégie dont les caractéristiques sont parfaitement identifiables.

 

                   Une stratégie autonomiste et régionaliste

 

Cette stratégie qui ressurgit régulièrement à l’occasion des changements gouvernementaux et de l’approche des élections territoriales, n’a pas pour objectif la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse et l’accession à la souveraineté.  Elle ne prend pas en compte les intérêts nationaux, ni les intérêts collectifs mais seulement ceux de certaines catégories sociales déjà privilégiées.  Ce n’est pas un hasard si les revendications concernent :

 

  • Un statut dérogatoire au niveau institutionnel
  • Un statut fiscal
  • Des aménagements pour certaines catégories socio-professionnelles
  • Des mesures en faveur de la langue corse.

 

Les trois premiers points témoignent amplement du caractère de classe de cette stratégie. Il s’agit de favoriser la bourgeoisie locale et sa représentation déjà très largement majoritaire dans les institutions locales.

Le quatrième point n’est qu’un alibi destiné à donner une connotation « nationaliste » à la revendication. Dans les faits, et depuis que cette stratégie est proposée, la langue corse ne cesse de reculer malgré les mensonges institutionnels et les statistiques de l’éducation nationale française.

Les promoteurs de cette démarche sont des partisans plus ou moins déclarés de l’autonomisme, c’est à dire d’un  protectorat français en Corse. Il n’hésitent pas à proposer un compromis historique avec les élus du clans à l’assemblée territoriale afin de « participer au pouvoir ». Mais en quoi consistera ce pouvoir sinon à  perpétuer dans notre île la domination coloniale caractérisée par une politique libérale et une exploitation capitaliste dans le contexte de la mondialisation ?

Nous sommes résolument opposé à ces manœuvres  parce que l’expérience historique des vingt dernières années nous enseigne que les différents statuts octroyés ont eu des effets désastreux pour la revendication nationale. De fait :

 

  • Ils ont renforcé l’influence des clans et des partis français qui demeurent largement majoritaires dans toutes les institutions locales ;
  • Ils ont toujours favorisé économiquement les couches sociales déjà privilégiées ;
  • Ils ont engendré des contradictions violentes au sein même du mouvement national notamment quand celui-ci, en 1992, a paru se renforcer quantitativement.

 

Ce dernier point est capital.

Accessoirement, il fait litière de l’argumentation fallacieuse selon laquelle le mouvement national engrangerait des victoires au niveau syndical ou socioprofessionnel et que celles-ci en appelleraient d’autres, sous entendu, une victoire électorale aux territoriales  de 2004.

Mais, principalement, il doit permettre d’évaluer le danger mortel que peut représenter pour la nation corse une avancée statutaire qui ne résulterait pas de la reconnaissance et de l’exercice du Droit à l’autodétermination.  Or, cela suppose en préalable la reconnaissance en droit de notre peuple et donc la reconnaissance de son droit historique inaliénable à l’autodétermination.

Comme l’ont affirmé récemment les militants de Corsica Nazione dans une conférence de presse « le peuple corse demeure notre seule référence ». Nous partageons ce point de vue. Mais alors, on doit en tirer la conclusion qui s’impose : c’est au peuple corse et à lui seul qu’il faut se référer pour toute avancée statutaire. Cela implique la définition d’une nationalité corse, la constitution d’un corps électoral corse et, in fine, l’exercice référendaire du droit à l’autodétermination. Nous en  revenons ainsi à la seule stratégie possible pour résoudre le problème national corse : la stratégie de la Cunsulta Naziunale.  A contrario, nous dénonçons par avance tout référendum qui ne se ferait pas sur la base d’un corps électoral corse fondé sur une nationalité corse.

Cependant, on ne peut négliger l’utilisation de points d’appui tactiques au service de la stratégie nationale. Les élections, dans le cadre actuel, peuvent constituer des points d’appui tactique. Cependant, le rôle des ennemis du peuple corse, principalement de l’Etat français mais aussi de ceux qui servent consciemment ou inconsciemment ses intérêts, est de donner la priorité au jeu institutionnel. Nous tenons à mettre en garde certaines fractions autonomistes, corsistes ou régionalistes qui utilisent notre drapeau national pour mieux étouffer la nation corse et satisfaire des intérêts de quelques groupes sociaux voire des ambitions politiciennes personnelles. Nous appelons les nationaux sincères à la vigilance. Toute remise en cause, aujourd’hui, de la démarche stratégique unitaire de la Cunsulta Naziunale, nous ramènerait aux heures les plus sombres du mouvement national et engagerait notre nation sur une voie suicidaire.

Pour sa part, fidèle à leurs engagements, les militants de l’indépendance et du socialisme :

  • poursuivront leur action inlassable en alliance stratégique avec les organisations qui animent le processus de mise en place de la Cunsulta Naziunale ;
  • développeront de manière autonome leurs propres orientations pour assurer la libération nationale et sociale du peuple corse et pour participer à la lutte contre la mondialisation capitaliste qui prend aujourd’hui, de manière évidente, la forme arrogante et guerrière de l’impérialisme ; 
  • ne négligera pas les points d’appui tactiques qu’offre le contexte politique actuel et notamment les élections syndicales, professionnelles ou politiques pour vérifier le bien fondé de leurs analyses et de leur action en faveur d’une Corse libre, démocratique et sociale.

Jean-Pierre Santini

Janvier 2003

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