La question de la clandestinité politique armée -1 998

LA QUESTION DE LA CLANDESTINITE POLITIQUE ARMEE

La question de la clandestinité politique armée se pose quand un peuple colonisé par la force des armes veut restaurer son indépendance nationale.

La clandestinité politique armée se définit comme un moyen pour éveiller et renforcer la conscience nationale d’un peuple afin qu’il s’organise politiquement en vue de sa libération et non comme un moyen militaire pour vaincre l’ennemi par la force des armes.

Lorsqu’un peuple, soumis au colonialisme, est aliéné au point de ne pouvoir prendre conscience de sa condition de colonisé et lorsque, de plus, certaines forces sociales qui prétendent le libérer visent en fait à établir leur propre pouvoir, alors l’action d’un minorité clandestine armée peut se justifier pour briser la double emprise du colonialisme et du réformisme. Ces conditions spécifiques étaient réunies en 1975. Un mouvement autonomiste hégémonique prétendait parler au nom du peuple et le conduisait à de dérisoires avancées institutionnelles dans le cadre de la république française en pratiquant des formes variées d’activisme. Ce contexte liquidateur de la lutte de libération nationale a conduit une poignée de patriotes à concevoir, au début de l’année 1975, un instrument stratégique: le Front de Libération Nationale de la Corse (F.L.N.C.) dont la création effective fut annoncée le 5 mai 1976 après dix mois de négociations internes.

Les fondateurs historiques du F.L.N.C. avaient conçu la clandestinité sous la forme exclusive d’une propagande armée ciblée sur les seuls biens et les symboles, jamais sur les hommes, et cela dans un but extrêmement clair: favoriser, dans les plus brefs délais, l’émergence d’un grand mouvement public démocratique qui devait permettre au peuple corse de porter lui-même la revendication nationale.

Pourquoi une telle ligne politique avait-elle été préconisée ?

Premièrement, par conviction qu’une lutte de libération nationale ne pouvait se faire par procuration en laissant agir ou prédominer la seule structure clandestine.

Deuxièmement, par absolue certitude que la lutte clandestine favoriserait des pratiques antidémocratiques, la course aux pouvoirs occultes des plus opportunistes et, à terme, la fascisation du mouvement.

Pour éviter ces deux écueils, les fondateurs du F.L.N.C. ont suscité, dès la fin de 1976, l’émergence de structures de réflexions publiques intitulées «Cumitati per l’Unione e a Salvezza di a Nazione ». Leur objectif était l’établissement d’un projet collectif élaboré au sein même de notre peuple et devant servir de base au futur « Front public» seul garant d’une évolution démocratique de la lutte de libération nationale.

Au milieu de l’année 1977, alors que plusieurs Cumitati avaient été installés, s’est nouée une situation qui a abouti aux tragédies récentes et à l’émiettement actuel. En effet, des tendances de droite, voire d’extrême droite qui avaient au préalable sucé le lait du nationalisme français, se sont opposées à l’émergence d’un Front public et ont délibérément saboté les Cumitati. Peu de temps après, à la faveur de manoeuvres internes et sur la base d’un activisme débridé, ces tendances se sont emparées de la direction du F.L.NC.

Le pire des scénario envisagés par les fondateurs du F.L.N.C. s’amorçait. Des idées que l’on tue aux hommes qu’on assassine, son écriture s’est achevée en lettres de sang.

Lourdes sont les responsabilités et, parce qu’ils ne le savent que trop, certains responsables que le syndrome du Nicaragua a épargnés, continuent de s’agiter pour occuper le devant de la scène et tenter de se dédouaner. La confusion, l’affectivité, l’oubli, l’activisme et la requête permanente pour obtenir de l’Etat français les miettes de quelques avancées institutionnelles voilà toute leur ruse. La clarté, la raison, la mémoire, la terrible mémoire qui n’oublie rien du passé et montre l’avenir, la recherche enfin des voies et moyens pour restaurer la Nation Corse dans tous ses droits, voilà quelle doit être aujourd’hui la force rénovée du mouvement national.

Jean Pierre Santini

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