La question de l'Unité Nationale - Clansestinité et résistance armée - 2002

 

LA QUESTION DE L’UNITE NATIONALE

 

 

Clandestinité et résistance armée.

 

Clandestinité ? De quoi s’agit-il ?

Il s’agit en fait d’une résistance armée clandestine. La question qui se pose n’est donc pas celle de la clandestinité car personne n’imagine que l’on puisse organiser une résistance armée sur le modèle des guérillas sud-américaine. La question qui se pose est bien celle de la résistance armée.

Quelle est la position de ceux qui s’opposent à la résistance armée ? Cette position est étayée par trois arguments majeurs :

 

§        Argument n°1 : Le colonialisme français offre un espace démocratique qui permet d’assurer la libération nationale du peuple corse ;

§        Argument n°2 : La résistance armée clandestine a été historiquement utile, mais elle ne l’est plus.

§        Argument n°3 : La résistance armée clandestine conduit à des dérives dramatiques et des contradictions violentes au sein du mouvement national et du peuple corse.

 

L’argument n°1 consiste à affirmer que la lutte contre le colonialisme français peut se développer dans un espace démocratique.

Cela signifie que le système colonial dans ses lois constitutionnelles et dans ses institutions mêmes, offre aux peuples qu’il opprime les moyens de leur libération.  La condition de cette libération possible serait de respecter les lois du système colonial. Or, les lois du système colonial ne sont faites que pour le pérenniser.  On voit bien que l’argument n°1 est irrecevable. Il est  contradictoire et absurde en soi. Rien ne saurait le justifier sauf  une volonté d’assurer une part de la gestion coloniale de la Corse en alliance avec des forces politiques qui ne remettent évidemment pas en cause la présence de l’Etat français sur notre territoire national.

 

L’argument n°2 consiste à reconnaître que la résistance armée a été nécessaire à une certaine époque mais qu’elle ne l’est plus aujourd’hui.

On pourrait évidemment se demander en quoi la situation faite à la Corse par le colonialisme français a évolué de manière positive.  En réalité la situation s’est aggravée dans tous les domaines et principalement au niveau démographique ou la colonisation de peuplement ne cesse de s’accentuer. 

Objectivement, la résistance armée apparaît historiquement nécessaire aujourd’hui tout autant qu’hier.

L’ambiguïté de l’argument n°2 réside précisément dans une position historique qui a toujours consisté à nier l’organisation  de la résistance armée clandestine laquelle s’est notamment traduite par la création du Front de Libération Nationale de la Corse le 5 mai 1976.

A cette ambiguïté s’ajoute la singulière amnésie de ceux qui s’opposent à la résistance armée mais qui n’ont pas hésité à s’allier électoralement avec les mouvements qui la soutiennent ce qui leur a permis de continuer à exister politiquement.  Sans l’alliance avec le mouvement de libération nationale, il y a bien longtemps que l’on n’entendrait plus parler de ceux qui aujourd’hui prétendent faire disparaître la résistance armée clandestine.

 

L’argument n°3 évoque les contradictions violentes au sein du mouvement national.

Or, ce n’est pas l’existence de la résistance armée en soi qui a conduit à ces contradictions violentes puisque par définition même la résistance armée est dirigée contre l’Etat colonial. La vraie question est de savoir pourquoi les partisans de la résistance armée ont, à une certaine période de l’histoire, retournés contre eux mêmes les armes qui devaient uniquement être utilisées contre l’ennemi. Nous pourrions ici apporter une longue démonstration de la raison principale qui a engendré ce que les journalistes ont qualifié de  « guerre entre nationalistes » car nous pensons que là se situe le cœur de la question concernant l’unité nationale. Mais précisément, il conviendra d’aller ensemble à cette démonstration ce qui a été malheureusement éludé lors de l’élaboration du protocole de Migliacciaru.  En ce qui nous concerne nous avons l’absolue conviction étayée par des faits incontestables, que l’origine des contradictions violentes entre nationalistes n’est absolument pas liée à la pratique de la résistance armée clandestine, mais à une dérive légaliste et institutionnelle qui a conduit certaines fractions à affirmer au début des années 90 qu’il fallait prendre le pouvoir à l’assemblée régionale française. On entend aujourd’hui ce même écho sinistre dont l’objectif, en alliance avec des partis français,  est une liquidation définitive, non seulement de la résistance armée, mais plus fondamentalement de la résistance nationale du peuple corse.

 

 

Résistance nationale armée et partis armés.

 

 

En réalisant l’unité des différentes fractions armées, le FLNC créé le 5 mai 1976, amorçait l’organisation de la résistance nationale armée.

Cet acte fondateur est capital. Il a affirmé la primauté d’une construction nationale par la résistance armée unifiée mais aussi, simultanément,  par la mise en place d’une administration parallèle à l’administration coloniale. Dans l’esprit des rédacteurs du manifeste historique du FLNC, cette proposition était exactement celle de l’assemblée nationale provisoire. Du 5 mai 1976 au 18 mai 2002, il a donc fallu 26 ans pour que le concept d’assemblée nationale provisoire prenne corps. Et s’il a fallu tant de temps c’est que la stratégie de libération nationale a été détournée de ses objectifs par des fractions convaincues que la prise de pouvoir passe par la conquête d’une majorité électorale au sein des institutions françaises. Ces fractions ont d’ailleurs fini par rivaliser pour la conquête de ce pouvoir. La conséquence la plus évidente fut celle de leur affrontement meurtrier. 

Aujourd’hui,  la résistance armée n’est plus le fait d’un mouvement de libération nationale unifié, mais le fait de partis armés qui, par définition, ne peuvent manifester qu’une forme de résistance partielle, partiale voire partisane.

Rivaliser dans la résistance armée au colonialisme français est une absurdité en soi sauf de considérer qu’il ne s’agit pas d’une résistance armée au colonialisme, mais de l’expression d’un national-poujadisme visant à la satisfaction de revendications catégorielles qui n’auraient rien à voir avec l’intérêt national.

 

 

Comment résoudre aujourd’hui la question

de l’unité nationale ?

 

 

En 1975-1976, la question de l’unité nationale a été résolue momentanément par l’unification de la résistance armée au sein du FLNC et la mise en minorité progressive des fractions autonomistes.

Mais l’unification de la résistance armée n’a pas été prolongée par les formes d’unité nationale préconisées au niveau public et notamment par la mise en place d’un front uni et d’une administration parallèle prémisses de notre assemblée nationale provisoire.

Aujourd’hui, la Cunsulta Naziunale est sur les rails. Elle est l’expression concrète et tangible de la volonté de construire notre nation et de lui donner une représentation politique et institutionnelle qui lui soit propre. Le schéma de 1976 est inversé. L’unité nationale se concrétise fondamentalement dans la démarche de la Cunsulta Naziunale. C’est la Cunsulta Naziunale qui permettra l’unification définitive de toutes les forces  de la  résistance nationale au colonialisme quelles qu’en soient les formes. Mais, et ce point est capital, c’est aux forces politiques qui animent la démarche de la Cunsulta Naziunale, d’agir d’ores et déjà dans ce sens et d’apporter ainsi la démonstration de leur volonté stratégique de restaurer la Nation Corse dans tous ses droits. 

Jean-Pierre Santini

        2002

 

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