La question de l'autodétermination -Décembre 1974

 

Face aux ambiguïtés du mouvement autonomiste dominant à l’époque, la question du droit à l’autodétermination était avancée pour la première fois dans cet article de décembre 1974

 

 

AUTODETERMINATION !

 

Le problème qui se pose aujourd’hui aux forces politiques corses est celui d’une stratégie frontiste unitaire.

Cette stratégie ne peut s’élaborer qu’à partir de finalités politiques communes au plus grand nombre d’organisations.

Actuellement on distingue deux sortes d’objectifs: L’autonomie pour les mouvements autonomistes, la mise en oeuvre du programme commun pour les organisations de la Gauche,

Pour les partis de gauche, il n’y a aucune ambiguïté. La stratégie est électorale. Il s’agit, grâce à l’Union de la Gauche d’obtenir une majorité électorale pour arriver au pouvoir d’Etat et mettre en oeuvre le programme commun de gouvernement.

Pour les autonomistes, les moyens d’obtenir l’autonomie, c'est-à-dire le pouvoir du peuple corse en Corse, ne sont absolument pas définis. On indique simplement qu’il s’agit de moyens légaux et pacifiques.

Or il faut parler clair : il n’y a pas plusieurs moyens de prendre le pouvoir légalement et pacifiquement. Le seul qui soit crédible, ce sont les élections.

On constate qu’aujourd’hui, ouvertement pour les forces de gauche, implicitement pour les autonomistes, les élections sont considérées comme le moyen privilégié de réaliser les objectifs politiques fixés.

Au P.C.S. nous sommes prêts à reconnaître aussi une telle démarche encore que les moyens pacifiques ne nous semblent pas les seuls possibles et  que, foncièrement, nous pensons qu’à plus ou moins long terme ils sont totalement inadéquats,

Mais dans la situation actuelle, et dans l’hypothèse implicitement admise par tous, d’une stratégie électorale, nous posons la question essentielle de la nature des élections envisagées. S’agirait-il d’élections législatives, cantonales ou municipales, qu’on comprendrait mal d’éventuelles tentatives. En effet, à quoi servirait, à ce niveau une quelconque représentativité si tant est même que cela soit possible compte tenu des forces en présence, des pesanteurs sociologiques et du déséquilibre croissant dans l’électorat insulaire (qui n’est pas tout le peuple corse) entre Corses et non corses ? Toute tentative du type de celles qui ont déjà eu lieu (ARC, PPCA ) est par avance vouée à l’échec. Nous continuerons à le dire comme nous l’avons toujours fait au F.R.C. au P.P.C. et à pré sent au P.C.S.

Par contre nous pensons qu’il est possible et peut être même nécessaire de rechercher aujourd’hui, à un autre niveau, la sanction des thèses autonomistes par le vote populaire. Ce niveau est celui du référendum institutionnel qui permettra au peuple corse de s’autodéterminer en choisissant entre les divers projets d’organisation politique, économique et sociale qui pourraient lui être présentés. Et ceci sans exclusive, de l’intégration pure et simple à l’Etat français jusqu’à  l’indépendance nationale de la Corse. Il ne saurait être question de s’autodéterminer à moitié. I l n’y a pas de demi liberté.

Les Etats Généraux Peuple corse avaient réalisé un progrès important dans le sens d’une clarification des finalités politiques.

Les 17 organisations du Collectif ont adopté le principe du droit à l’autodétermination  pour le peuple corse. Le mot d’ordre est donc bien autodétermination et non pas autonomie. La différence est extrêmement importante. En effet, réclamer l’autonomie sans prévoir que le peuple corse la choisisse par un vote, c’est adopter délibérément une attitude élitiste et anti—démocratique

C’est à partir du mot d’ordre juste d’autodétermination, que le respect de l’opinion populaire commande de bâtir notre stratégie et non à partir d’un appel incantatoire à l’autonomie, au socialisme et au bon vouloir de l’Etat de classe français.

Le droit pour le peuple corse de maîtriser son destin commence par le droit à l’autodétermination.

La liberté ne se décrète ni ne s'octroie.

Il faut pouvoir choisir d’être libre pour la devenir.

 

Jean-Pierre Santini

Décembre 1974

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau