La mort de la nation corse ? - libre opinion en date du 23 octobre 2009

 

LA MORT DE LA NATION CORSE ?

 

Historiquement, après la création du FLNC le 5 mai 1976, trois formes de lutte avaient été définies.

La plus importante était qualifiée de « lutte de masse ».  Il s’agissait d’engager le plus largement possible le peuple corse dans  tous les combats quotidiens (sociaux, économiques et culturels) en les inscrivant dans la perspective d’une restauration de la souveraineté nationale.

La seconde forme était qualifiée de « lutte armée ». Il ne s’agissait pas de résister par les armes aux forces militaires françaises, mais de pratiquer une « propagande armée » centrée sur la destruction de biens symbolisant l’emprise coloniale.

La troisième forme était qualifiée de « lutte institutionnelle ». Il s’agissait non pas de participer aux institutions françaises  mais de les utiliser comme tribune pour développer les idées de la lutte de libération nationale.

Or que s’est-il passé depuis l’élection de la première assemblée de Corse en 1982 ?

1982 : première élection. Le mouvement de libération nationale n’y participe pas fidèle en cela à ses engagements. Les autonomistes se présentent sous la houlette d’Edmond Simeoni et obtiennent 8 sièges. Accessoirement, le PPC de Dominique Alfonsi et le MCS de Charles Santoni obtiennent chacun un siège. On peut donc évaluer la présence des autonomistes à 10 sièges.  La réaction du FLNC ne se fait pas attendre. A l’occasion de l’élection du président de l’Assemblée, Prosper Alfonsi, 100 attentats sont organisés dans la plus importante nuit bleue que la Corse ait connue (« Prosper,  yop la boum ! », titreront les journaux satiriques…)

1984 : Nouvelles élections. Entre temps, le mouvement de libération nationale a subi  l’influence des réformistes au point que le FLNC lui-même dont ils ont capté la direction, va jusqu’à qualifier l’indépendance de « fantasme institutionnel ». Ces réformistes – en réalité  des autonomistes qui se sont opposés à la création du FLNC et à l’organisation de la lutte d’indépendance – ont joué un double jeu : d’une part, ils ont infiltré le Front en se présentant comme des « indépendantistes » et d’autre part, ils ont développé une stratégie d’intégration aux institutions françaises.  Or cette stratégie n’avait qu’un objectif : marginaliser la lutte de libération nationale. Cette marginalisation a commencé en 1984 avec l’élection à l’assemblée régionale de trois représentants du courant « indépendantiste ».

1992 : La création de « Corsica Nazione » rassemble des autonomistes et des « indépendantistes ». Entre-temps, A Chjama per l’indipendenza avait tenté d’amorcer le processus de la Cunsulta Naziunale (1988). Dans son programme électoral, « Corsica Nazione », s’était d’ailleurs engagée à reprendre activement ce processus une fois passées les élections. Cet engagement n’a pas été tenu. Et pour cause : les élections de 1992 ont permis aux nationalistes toutes tendances confondues d’obtenir 12 sièges à l’assemblée régionale. Ce fut leur meilleur score. Mais a quel prix : d’abord celui de la division au sein du mouvement de libération nationale entre deux fractions qui ne dissimulent plus désormais leur ambition d’accéder au pouvoir régional. Cette lutte et cette rivalité pour le pouvoir au sein des institutions françaises vont engendrer la seule lutte armée que l’histoire contemporaine de la Corse ait connue : celle entre patriotes corses instrumentés par des leaders réformistes et affairistes. Cette période qui prend fin symboliquement avec le protocole de Migliacciaru en 1999, a décrédibilisé la lutte de libération nationale. Pourtant, les erreurs de l’Etat Français – notamment l’affaire Bonnet – donneront l’illusion d’une poursuite de la lutte d’autant que le courant autonomiste déclaré n’a plus de représentants à l’assemblée régionale après les élections de 1998.

2002 – Le mouvement national est pourtant dans l’impasse. La lutte principale (lutte de masse) n’a plus aucune réalité, sauf quand il s’agit de réactions émotionnelles face à la répression. La lutte « armée » ne s’appuie plus que sur quelques groupes sans cohérence stratégique et conditionnés par les options réformistes des organisations publiques. Seule demeure la « lutte institutionnelle ». Or, celle-ci peut prendre deux aspects : réformiste ou révolutionnaire.

Réformiste par une participation active aux institutions françaises (Conseils municipaux, conseil généraux, assemblée territoriale).

Révolutionnaire par la création d’un corps électoral de la nation corse et la mise en place d’une Cunsulta Naziunale.

En 2002, le processus de la Cunsulta Naziunale, abandonné dix ans plus tôt, est réactivé. Mais, de la part des réformistes, il ne l’est que de façon « accessoire »… pour mieux préparer en réalité les territoriales de 2004. La preuve en fut apportée après l’élection de 8 représentants de la liste « Unione Naziunale »  où la tendance « indépendantiste » a concédé la majorité des sièges (5 sur 8) à deux courants autonomistes qui n’en avaient aucun dans l’assemblée sortante. Cette étrange concession et la mise en sommeil de la Cunsulta Naziunale, ne furent que la traduction dans les faits du double jeu originaire de dirigeants pseudo-indépendantistes qui sont des autonomistes comme les autres… avec un « petit plus » : l’instrumentalisation des groupuscules résiduels du Front de Libération Nationale de la Corse. Or, ce « petit plus » qui leur a permis de subsister, est devenu un handicap sous la pression idéologique habile des dirigeants autonomistes du PNC et de A Chjama Naziunale.  Les dernières élections municipales ont avalisé les thèses de leur autonomisme sans lendemain.

Octobre 2009 : A ce jour, si l’avenir apparait radieux pour tous ceux qui rêvent de cogérer le système colonial français, il est particulièrement sombre pour l’avenir de la nation corse.  La composante «  Corsica Nazione indipendente » s’est suicidée deux fois, ce qui n’est pas banal ! La première en 2004, en offrant aux autonomistes l’opportunité de reprendre idéologiquement et politiquement le dessus (ce qui s’est traduit sans ambiguïté aux dernières municipales)  et en 2009 en s’alliant à des groupuscules « souverainistes » pour une dérisoire « lutte de places » au sein de l’assemblée territoriale. Le nouveau seuil d’éligibilité fixé à 7% ne pose pas de problèmes insurmontables à des autonomistes prêts, par ailleurs,  à s’allier tous azimuts (les déclarations de Gilles Simeoni, leader de a Chjama naziunale, sont édifiantes). En revanche, Corsica Libera  n’a aucune certitude d’atteindre ces 7 % et d’avoir des élus. D’où, l’amorce des jeux habituels de la pulitichella pour tenter de « sauver les meubles ». Voici quelques semaines, un représentant  de Corsica Libera déclarait de manière péremptoire que son mouvement irait seul aux territoriales.  Changement d’attitude du même représentant qui semble vouloir prendre en considération « l’offre » de Gilles Simeoni. La dérive électoraliste du mouvement national depuis 28 ans, favorise ainsi tous les opportunismes au détriment d’une vision stratégique, c'est-à-dire d’une perspective de restauration à terme des droits de la nation corse.

La nation corse est sacrifiée, souvent à leur corps défendant,  par ceux-là même qui prétendent en assurer la survie.

Il ne demeure qu’une voie et une seule : le processus de la  Cunsulta Naziunale.

Toute nouvelle participation à des élections françaises nous conduirait à l’abime.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau