La croisée des chemins - Janvier 2005

La croisée des chemins

 

La première coalition électorale de 1992 sous l’étiquette Corsica Nazione entre les deux courants historiques du mouvement national (Autonomistes/ Indépendantistes) a été un échec total après des résultats électoraux (1) qui pouvaient laisser espérer une progression dans le cadre des institutions françaises. On sait à quelles dérives dramatiques a conduit cet échec. On oublie souvent que c’est, entre autre, pour avoir renié un des ses engagements fondamentaux, celui d’édifier la Cunsulta Naziunale, seule démarche garante de l’unité populaire, du pluralisme et de la démocratie, que la coalition Corsica Nazione a volé en éclat.

La seconde coalition du même type, celle de 2004, sous l’étiquette Unione Naziunale, a tout d’abord enregistré un échec électoral sans précédent (2). Elle a renouvelé la même erreur qu’en 1992, en interrompant délibérément pendant 16 mois le processus pourtant largement engagé depuis le mois de mai 2002, de la constitution du Corps électoral de la nation corse.

Aujourd’hui, après le forcing effectué par les patriotes de gauche initiateurs dès 1988 du principe de l’Assemblée Nationale Provisoire, les autres composantes du mouvement national semblent vouloir relancer le processus.

Mais nous ne nous faisons aucune illusion. Nous savons, sans le moindre doute, que c’est l’échec de leur tentative de devenir une « force centrale » à l’Assemblée territoriale et donc d’intégrer cette institution française pour y développer une stratégie autonomiste, qui les amène à réinvestir la démarche de la Cunsulta Naziunale.

Cette attitude par défaut ne présage rien de bon pour l’avenir.

Il apparaît en effet difficile de faire admettre à certaines tendances qu’elles n’ont pas à décider du rythme d’une démarche qui relève du droit à l’autodétermination de notre peuple. C’est la raison pour laquelle près de 200 patriotes ont engagé une action pour assurer le droit à l’expression démocratique de toutes les personnes qui ont adhéré à la stratégie de la Cunsulta Naziunale en prenant leur carte d’identité qui vaut aussi carte d’électeur.

Le 18 décembre dernier, une Veduta a été mise en place Dans l’hypothèse où les propositions de refondations démocratiques des différentes structures (Associu, CEN,CLR) formulées par U Partitu di a Chjama seraient refusées, une assemblée générale de tous les titulaires de la carte d’identité, sera organisée dans un délai de 6 mois.

Le mouvement national est aujourd’hui à la croisée des chemins. Pour survivre, il doit rompre avec les habitudes désastreuses des jeux partisans et des volontés d’imposer les directives de quelques états-majors. Les récentes interventions d’organisations politiques nationalistes dans des élections professionnelles est une démonstration stupéfiante des vieilles pratiques de « la direction politique ». Dans une démocratie digne de ce nom, les organisations politiques n’interviennent jamais ainsi directement.

De plus, le vide politique créé par l’échec des stratégies électorales, permet à des fractions anti-nationalistes qui puisent leur inspiration dans l’extrême droite française, de provoquer une agitation raciste et xénophobe qui déconsidère la lutte de libération nationale.

Nous reprendrons pour conclure ce que nous écrivions dans le numéro de A Chjama d’avril 1992 « La chance historique du mouvement national corse passe, inéluctablement, par la recherche obstinée de son unité dans le pluralisme et la démocratie ».

Jean-Pierre Santini

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