INDIPENDENZA, u megliu per u be cumunu - Libre opinion de Jacques Denis

INDIPENDENZA, U MEGLIU PE U BE CUMUNU ?

Lorsque, dans le cours des événements humains, un peuple se voit dans la nécessité de rompre les liens politiques qui l’unissent à un autre et de prendre, parmi les puissances de la terre, le rang égal et distinct auquel les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, un juste respect de l’Opinion des hommes exige qu’il déclare les causes qui l’ont poussé à cette séparation.

Thomas Jefferson, La déclaration d’indépendance. 7 juin 1776.

De nos jours, l’évolution de la société rend beaucoup plus complexe l’étude des questions liées à la notion d’indépendance. Tous les secteurs de la vie, à commencer par celui de la cellule familiale, sont affectés par un « autre ou un ailleurs étranger ». Si les cercles concentriques à proximité de cette cellule sont assez facilement identifiables - c’est le cas de la Corse « traditionnelle » -, le dépassement des structures nationales par des montages supranationaux, tant sur le plan économique que politique, éloigne les centres de décision et rend caduc, ou pour le moins illusoire, le degré d’indépendance dévolu à telle structure, tel rouage ou Etat. Le « simple » exemple du système de vote différencié suivant les « secteurs d’activité » définis par les accords instaurés à Schengen, vote à l’unanimité des membres représentants des Etats - sans évoquer la question de la représentation qui est en elle-même un réel problème - ou vote à la majorité simple, est l’illustration parfaite de ce qui peut être manipulé en amont dans le but de verrouiller ou d’interdire toute marge de manœuvre nationale. Il en est de même pour ce qui concerne la politique des transports en Corse, illustrée par le lamentable « jeu multiple » des élus de la Collectivité Territoriale de Corse, le gouvernement français et les instances européennes à l’occasion de l’appel d’offres concernant la desserte maritime.

Dès lors, l’indépendance d’un pays au sens large du terme englobe nécessairement, outre la question du territoire, la problématique de la Nation, de son Peuple et de l’Etat. Elle présuppose l’analyse, l’appropriation et l’action sur au moins trois des grands axes qui régissent les entités candidates à l’émancipation, à savoir :

1) la nature du système économique,

2) le socle légal de fonctionnement, les structures et l’organisation de l’Etat,

3) la nature des rapports sociaux.

Le survol de quelques unes des questions essentielles offre la possibilité d’engager une réflexion globale : qu’en est-il pour la Corse ?

ECONOMIE : LE CHOIX DE L’ARCHAÏSME ?

Au plan économique, dès l’annexion de la Corse, la France a choisit de freiner les pratiques issues du droit coutumier communautaire organisé sur la logique d’une référence à la société pastorale et dominée par une classe sociale de travailleurs - « ouvriers » non-salariés -, celle des bergers. La France invoquait alors l’archaïsme de la production et de son organisation. C’est ainsi que nombre de personnes que l’on classe aujourd’hui parmi les personnes « qualifiées », essentiellement des militaires, reconvertis en la circonstance en économistes dispensateurs de leçons, rédigèrent des rapports censés établir un constat, une analyse de l’état de la production corse, des pratiques des autochtones. Ils préconisèrent des solutions toutes importées. Quelques unes s’avérèrent utiles, la plupart aboutirent à des échecs cuisants. Le Pouvoir français mis très rapidement en oeuvre un dispositif juridique - dont il est erroné de dire qu’il a préfiguré une « avancée » sociale voulue par la réforme de Maupeou - dans le but de restreindre l’activité pastorale traditionnelle et de promouvoir un développement jusque là inconnu de l’agriculture corse. L’on passait ainsi d’un élevage/agriculture quasi autarcique là une agriculture marchande avant que de tenter de basculer vers une agriculture de type capitaliste. Des individus, y compris des colonies de peuplement furent dépêchés pour la circonstance. Ils débarquèrent sur l’île, on leur attribua des terres. Ils tentèrent de produire en utilisant la main d’œuvre puisée sur place et forcément bon marché. La Corse agricole marchande naissait dans la douleur. Les physiocrates étrangers persistaient à croire, et ne se privaient pas de l’affirmer, qu’ils allaient pouvoir réaliser de substantiels profits, à l’image de ceux réalisés un peu plus tard dans le cadre de la production industrielle. La fabrication du Londrin par exemple, a pour origine l’Angleterre et se trouve en butte - n’oublions pas que la France a alors interdit les échanges avec la péninsule italienne - à la concurrence languedocienne, via le port de Marseille, véritable plaque tournante « mondialisée » avant l’heure, et ses marchands-négociants. Les concepts de ces physiocrates étaient quelque peu erronés : la Corse n’a jamais été la Beauce !

La politique de colonisation française entreprend alors l’appropriation du territoire. L’exemple du Plan Terrier et de la récupération des terres domaniales est fort révélateur. Le fil conducteur réside en la privatisation des terres et en la suppression progressive de la gestion communautaire des surfaces cultivées ou dévolues au pacage. Dans le même mouvement sont promulgués l’interdiction du libre parcours - avec la perle de 1771 : « Attacher chaque chèvre à un piquet » ! - et de la vaine pâture. Pendant longtemps encore transpire le but poursuivi par le pouvoir français, y compris après la Révolution, puisque l’on trouve encore dans le questionnaire de 1829 des questions précises visant à privatiser les sols communautaires.

De réforme en réforme, de crise en crise, les décideurs, relais obligés du système marchand dominant, conduisent l’île vers le marasme économique. Ce constat est avéré pour l’ensemble des secteurs primaire et secondaire : l’agriculture et l’embryon d’industrie insulaires n’y ont pas échappé.

Concernant le secteur agricole, le constat est aggravé au plan qualitatif. En effet, de nos jours, sur l’ensemble des continents, l’agriculture intensive capitaliste continue ses ravages au mépris des équilibres locaux et des santés publiques. Force est de constater que la « vérité » passe par la qualité et par conséquent la relance de l’élevage et de l’agriculture extensive corses comme de leurs produits dérivés dits identitaires et biologiques. Dès lors, l’on ne devra pas s’étonner que nombre de Corses tentent de défendre, se réapproprier et développer, même à contre-courant, une économie que certains qualifient d’archaïque.

Le même principe s’applique d’ailleurs à la question de l’indivision, que l’on veut à tout prix faire passer comme une pratique elle aussi archaïque. Cela participe de la même logique : l’indivision contribue à maintenir le patrimoine et s’inscrit qu’on le veuille ou non dans le cadre de l’économie communautaire, sa remise en cause, y compris de nos jours, est un élément supplémentaire d’appropriation libérale étrangère.

Quant à « l’industrie » phare actuel de la Corse, celle du tourisme, elle est bénéfique pour une minorité mais néfaste dans ses orientations et parasitaire. Néfaste, parce que résultant de la division internationale du travail. L’activité touristique, en regard de la saturation des capacités d’accueil, en particulier de la Côte d’Azur française et des Baléares, entend faire jouer à la Corse un rôle de capteur le plus apte à recevoir les futurs touristes français, anglais et allemands mais aussi et surtout, via l’axe Gênes-Milan, ceux issus de l’Europe Centrale maintenant ouverte à l’économie de marché. Il faut savoir que la progression de l’activité touristique sur île est de l’ordre de 60% en vingt ans et que la Corse subit le second plus fort impact touristique actuel de la Méditerranée après les Baléares. Le rapport du nombre de touristes sur la population d’environ 260 000 habitants y est de 6,8 contre 11,2. Il n’échappe à personne, élus et investisseurs compris, que l’île dispose d’un formidable potentiel de développement spatial alors que les spécialistes prévoient à court terme de porter le nombre de touristes de 2,5 millions à 5 millions de personnes par an, qui plus est concentré sur la seule période estivale. Néfaste, parce que cette activité, qui atteint actuellement le chiffre effarant et potentiellement dangereux de 25% du PIB de l’île, se développe au détriment d’autres activités productives au point de devenir hégémonique. Parasitaire enfin, parce que cette prétendue industrie, qui de fait se cantonne à une activité non productive de services, utilise une main-d’œuvre sous-qualifiée majoritairement immigrée et fonctionne avec un fort volet de travail illégal contribuant tant à la montée de la précarité sociale qu’aux déséquilibres de la balance sociale et économique régionale. De plus, cette activité est étroitement dépendante de l’étranger tant du point de vue des investissements que des clients potentiels et s’avère fortement consommatrice d’espace. Aussi, accepter que l’activité de la mono-industrie du tourisme se développe telle quelle, c’est subir un degré supérieur de colonisation économique. Ces quelques chiffres traduisent par ailleurs l’essence même des formidables enjeux qui émergent à travers les combats menés par les différents mouvements de l’île dans le cadre de la défense du patrimoine écologique et de l’application des lois de protection du littoral et de la montagne qui, à elles deux, concernent la quasi-totalité des villes et villages de Corse. Or, l’espace corse est particulièrement remarquable, il constitue la richesse patrimoniale de l’île puisque sur un territoire de superficie modeste - 872 000 ha, 1 100 kilomètres de côtes - l’on ne trouve pas moins de 24 biotopes protégés, 5 réserves naturelles, 6 réserves biologiques, 11 zones de protection spéciales, 2 espaces protégés internationalement, 44 zones de conservation, 20 sites classés, 24 sites inscrits, 12 zones d’importance communautaire pour les oiseaux ainsi qu’une multitude de zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique, 35 cours d’eau classés, 32 étangs lagunaires, 24 lacs de montagne, 33 forêts, 1 parc national marin, 1 parc international marin et 1 parc naturel régional qui couvre près de la moitié des villages de l’île.

Enfin, il convient d’avoir présent à l’esprit le positionnement géostratégique de la Corse. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, l’île était placée sur la route de l’axe marchand Est-Ouest. Le renversement des tendances économiques à l’époque de l’annexion avec l’émergence des Etats-Nations de type capitaliste - Angleterre, France, Hollande... - l’ont placée sur la route d’un nouvel axe Nord-Sud qui, bien que perdurant, atteint aujourd’hui ses limites historiques et trouve une porte de sortie/expansion grâce à la mondialisation et plus encore à la globalisation. C’est le sens de la « préparation » historique des pays d’Afrique, comme aujourd’hui des pays de l’Est, tant avec les politiques de décolonisation qu’avec la chute du mur de Berlin et leur « reprise dans la sphère libérale ». C’est aussi, ne nous y trompons pas, le sens réel de la construction Européenne.

Dès lors, la résolution sociale de ces aspects au profit du plus grand nombre, à savoir le Peuple de Corse, implique que du point de vue économique, la notion d’indépendance soit appréciée tant au plan interne du territoire qu’au plan international. Ils soulignent la complexité des questions touchant aux choix économiques, aux axes et stratégies de développement et soulèvent nécessairement deux questions de fond : leur résolution est-elle réalisable dans le cadre d’une économie libérale qui par essence est maîtresse de ses propres choix ? Quel rôle peut et doit jouer un Etat « souverain » dans ce domaine ?

SOCLE LEGAL, STRUCTURES ET ORGANISATION DE L’ETAT : BIEN COMMUN OU INTERET PARTICULIER ?

L’organisation paolienne aux commandes de l’île pour la période 1729-1768, vise globalement au respect de la justice, à l’expression populaire et à l’unification du pays, elle s’appuie sur une législation et des contrats issus du droit coutumier tout en incluant des avancées modernes. L’organisation étatique repose sur des structures mises en place par les Corses eux-mêmes. Au niveau local des Podesta, Pères du Commun et Procurati sont élus chaque année par les assemblées villageoises. Au plus haut niveau des Consulte sont réunies fréquemment. La Consulta est structurée en Dieta et Giunta et - élément d’importance historique - voit la participation du Clergé associé au pouvoir civil. Les Constitutions de Corse et les structures constituées réalisent alors l’alliance objective entre les représentants laïcs des traditions communautaires et les représentants religieux. Tous ont fait le choix, faut-il rappeler à contre-courant, de concepts fondamentaux : prééminence de l’être humain et Liberté.

Pour ce qui concerne l’administration de l’île, la France de l’Ancien régime met en place une organisation à l’image de la France continentale reposant officiellement sur les trois ordres reconnus de l’époque : le Clergé, la Noblesse et le Tiers-état.

Le nouvel occupant ne remet pas en cause les structures de représentation existantes : il va au contraire tenter, avec succès, de les rallier à sa politique. La Consulte générale de la nation corse en septembre 1770, puis l’Assemblée générale des Etats de Corse à partir de 1772, voient représentées les Ecclésiastiques, le Tiers-état et les Nobles. De fait, cette dernière catégorie est dominée, dans un premier temps, par les notables avant que ne soient officialisés très rapidement les titres de noblesse. Faut-il rappeler que les Génois avaient ennobli seulement cinq familles durant leur longue période d’occupation. La France, qui mise ouvertement sur une classe sociale destinée à servir les intérêts de son souverain, attribue immédiatement des titres de noblesse à quarante-quatre familles. Au final, la caractéristique essentielle est tout de même que les représentants corses voient rabaissées leurs tentatives de faire entendre leurs doléances à l’égard du pouvoir central cadenassé par les Commissaires, le Gouverneur et le Conseil Supérieur. Ce sera alors un « combat des chefs », un combat pyramidal dans un mouvement de déconcentration vertical dont le signal est donné à Paris.

Au plan local, les relais pro-français sont recherchés parmi les militaires ralliés au drapeau tricolore et surtout les propriétaires fonciers, les Sgiò, qui joueront un rôle déterminant dans la main mise sur les rapports de production. Ce trait s’accentuera au fil du temps. Il a été et demeure caractéristique du colonialisme français qui établit sans cesse des rapports d’intégration.

L’équilibre patiemment construit auquel était parvenu le système établi par Pasquale de’Paoli est alors rompu. Les tentatives d’unification et de démocratisation opérées par le jeu des rouages de représentation politiques et surtout par l’investissement en direction de la jeunesse à travers l’Université deviennent caduques. Les classes sociales populaires traditionnelles corses sont exclues irrémédiablement des centres de décision.

Toutefois, il est semble-t-il utile de rappeler que la comparaison dans le temps doit être relativisée. En effet, si les structures de représentation populaire et démocratique paolienne ainsi que le découpage territorial naturel paraissent conserver leur valeur initiale de référence - Podesta, Père du Commun, Procurati, Dieta, Giunta, Pieve -, la notion d’indépendance est en elle-même relative puisque Pasquale de’Paoli comme l’ensemble de ses conseillers ne pouvaient concevoir la direction des affaires du pays que sous la forme d’un Protectorat étranger.

Au final, la corrélation entre l’indépendance, le bien commun et les intérêts particuliers met en évidence une idée essentielle : nier l’œuvre ou s’approprier la personne de Pasquale de’Paoli en occultant les structures étatiques de la nation corse, comme reproduire à l’identique l’organisation administrative centralisatrice et jacobine d’essence française dont on mesure aujourd’hui les lacunes et les limites, est en quelque sorte « tuer le père » et faire perdurer un système totalement étranger au droit coutumier et aux traditions communautaires Corses. Le résultat d’un tel système sert avant tout des intérêts catégoriels et claniques.

LES RAPPORTS SOCIAUX : POUJADISME A L’USU CORSU OU SUCIALISMU CORSU ?

Du point de vue économique, la France assoit sa domination à partir d’une classe sociale en progression, celle des Sgiò, propriétaires fonciers qui, progressivement, avec la bénédiction des autorités nationales et des relais claniques, confisquent les moyens de production. Cette pratique érigée en système est garante d’inégalités sociales. Bien sûr, s’agissant de la Corse, ce type d’organisation n’a jamais atteint les proportions rencontrées en France. Les particularités géographiques comme mentales ont heureusement constitué des pare-feu. Le salariat est resté peu important et ne s’est pas cantonné massivement dans le secteur productif. Phénomène historiquement récent, il s’est surtout développé dans le secteur tertiaire et les activités de services. Parallèlement à l’évolution économique spécifique ont émergé des activités liées à l’artisanat, au commerce et aux professions libérales. Ces forces ont investi les rouages de la société civile, les syndicats et la classe politique pour devenir un élément moteur, à défaut de majoritaire, des structures décisionnelles. Leur poids relatif, comme leur culture politique font qu’aucun des groupes politiques actuels, tant dans le cadre des discussions de Matignon que dans les projets discutés par les élus de la Collectivité Territoriale de Corse ou dans le projet de société proposé par un groupe de personnalités dites de la société civile réunit sous l’égide de l’Université de Corse qui nous promet pas moins que de faire de la Corse un « Eden économique » ne semble mettre en cause profondément le libéralisme. Il est une chose de manifester à l’étranger contre le G8, il est autre chose de contester cette organisation de la société dans l’île face à ses pairs indigènes ! Un peu comme le président de la République, Jacques Chirac, qui à l’étranger, face aux canadiens, donne des leçons de démocratie au sujet de la reconnaissance et de la pratique des langues régionales.

Nous baignons ainsi en plein poujadisme à l’usu corsu !

Aspect crucial d’autant qu’au sein de la société française, les pratiques actuelles conduisent inévitablement à l’implosion. Les prétentions politiques à ne pas vouloir traiter les problèmes fondamentaux de société en même temps que l’arrogance cachée avec laquelle sont abordées les questions sociales et les droits des minorités ne peuvent perdurer encore longtemps. Il en est de même pour ce qui concerne les questions de décentralisation, demande récurrente formulée par la base, alors que les centres de décisions politiques sont de plus en plus concentrés autour de noyaux centraux, constitués par la caste des énarques au service exclusif des deux personnages clés de l’Etat : le Président de la République et le Premier Ministre. Il est vrai que le système politique français finement concocté donne encore le change. Dans ce domaine, comme dans tous les autres, le pouvoir dominant a commis l’exploit, sur ces trente dernières années, de mettre en place un système politique permettant de gérer le capital en toutes circonstances, sans toucher à la Constitution de 1958 ni aux structures existantes, tout en faisant croire au changement. Ainsi, le binôme Droite-Gauche agrémenté aujourd’hui du stade « supérieur » de la cohabitation résout les contradictions à l’image de l’Angleterre avec le binôme Conservateurs-Travaillistes et des U.S.A. avec le binôme Démocrates-Républicains.

Sauf à reproduire ces schémas voués à l’échec, la Corse se doit d’appréhender ces questions fondamentales à la mesure de sa différence, à la mesure de ses ambitions. Au même titre que l’obligatoire positionnement ou choix de société dans le domaine économique, la sortie de l’engrenage de type socialo-libéro-colonial ne pourra être réalisée que par le choix non équivoque de rapports sociaux aux antipodes de ceux connus et subis aujourd’hui.

Se pose alors la question du type d’outil ouvrant la voie à un développement propre aux spécificités et aspirations de la société corse et de l’existence d’une structure capable de permettre l’élévation de la conscience politique de la population afin de proposer une voie en rupture avec la logique de globalisation. La solution d’une Assemblée Nationale provisoire demeure d’actualité. Mieux encore, puisqu’il s’agit de permettre l’expression populaire : ne convient-il pas de réactiver les consulte locales et constituer une Dieta réellement représentative de la base et de la société civile ?

Toutefois, ces rouages ne doivent en aucun cas occulter la nécessité de l’existence d’un parti politique fondant ses principes sur la maîtrise communautaire des secteurs clés de production, la nécessaire lutte des classes, une action permanente au niveau économique, politique et idéologique et particulièrement une formation intellectuelle permettant une prise de conscience politique.

Ainsi, la complexité des questions abordées et les prises de position, attitudes ou réponses apportées sur le sujet démontrent que le projet d’indépendance ne paraît pas être à l’ordre du jour, tout au moins dans l’immédiat.

L’indépendance serait donc une utopie ? Oui, s’il s’agit de la conception imaginaire d’une société idéale qui verrait un appareil d’Etat structuré sur la base d’une représentation sociale et démocratique à l’image de celle organisée par nos ancêtres il y a plus de deux siècles. Une société qui aurait pour socle les rapports communautaires.

Ce serait en somme un sucialisimu a l’usu corsu et sans doute le fol espoir de mettre en pratique un propos tenu dans les années 1730 par Sebastianu Costa : « A ragiò vole ch’ellu si dia a ognunu a pussibilità di prupone ciò ch’ellu criderà esse u megliu pè u bè cumunu » !

Jacques DENIS

Article rédigé en septembre 2001

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