Février 1993 - A CHJAMA PER L'INDIPENDENZA n°54

En février 1993, cet édito du n° 54 de A Chjama per l’Indipendenza, mettait l’accent sur l’ambiguïté fondamentale du mouvement national héritée du double discours des leaders historiques de l’autonomisme.

 

Le poing levé et la main tendue.

Ce n’est pas à l’Etat et encore moins au peuple français que l’Indépendance de la Corse fait peur.

Il faut avoir le courage de le reconnaître: ce sont les Corses qui, aujourd’hui, ne veulent pas de leur liberté.

De ce point de vue, les diverses tendances autonomistes du mouvement national expriment assez bien la terrible ambiguïté qui est au coeur du nationalisme corse.

On veut, d’une part, être ‘suffisamment libre” et, d’autre part. continuer à bénéficier des avantages, dérogations et statuts divers octroyés par l’Etat voire par l’Europe. Il s’agit là d’un comportement infantile.

On le dira ici avec une profonde tristesse: l’Etat français entretient le peuple corse comme un bourgeois le ferait d’une danseuse: avec tout ce qu’il faut d’argent et de mépris.

Le peuple corse a appris à lever le poing. Il n’en continue pas moins de tendre la main.

Le mouvement national, toute honte bue, a intégré cette insoutenable contradiction sous l’influence réformiste et petite bourgeoise des leaders historiques de l’Action Régionaliste Corse.

Ces leaders parachèvent la liquidation de la lutte de libération nationale. Ils ont mis dans leur poche les ‘dirigeants” des racines cubiques de l’ex-FLNC qui portent la responsabilité première de la dissolution de l’organisation clandestine indépendantiste fondée le 5 mai 1976.

L’absence de formation de la base militante permet aux leaders néo régionalistes de continuer à tenir un double discours. Publiquement on est réformiste et modéré, clandestinement on se déclare volontiers révolutionnaire et indépendantiste. Cette duplicité pratiquée depuis toujours par les leaders régionalistes de la première heure porte encore ses fruits. Dans de telles conditions, il est difficile de donner naissance à une structure indépendantiste.

Fidèle à ses engagements, fidèle aux engagements historiques du Front de Libération Nationale qui nous a montré la voie en 1976, A Chjama, malgré la faiblesse de ses moyens matériels et financiers, continuera à oeuvrer pour que le peuple corse n’oublie pas qu’on finit toujours par mourir quand on ne rêve plus à la liberté.

Jean-Pierre Santini

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