Du réservoir à la réserve - Décembre 1972

Cet article a été publié en décembre 1972 dans le journal  « Populu Corsu ». Le problème de la colonisation de peuplement y était posé. Aujourd’hui, les partis français et les clans qui dominent à l’assemblée territoriale étalent sans complexe leur politique de liquidation de notre peuple. L’agence du tourisme n’a pas hésité à faire de la publicité dans le métro parisien en utilisant ce slogan : « Corse : réserve naturelle de vacances. »

 

Du réservoir à la réserve

 

En Corse, le rythme démographique annuel est de 0,2 % contre 0’6 % en France. Les moins de 20 ans représentent 27% de la population et les plus de 60 ans 16,2 % contre, respectivement, 33 et 12,5% en France.

Ces chiffres permettent au gouvernement de conclure que «la situation démographique de la Corse est largement tributaire de l’extérieur» et que «l’immigration de la population active représente un élément vital pour l’île» (schéma d’aménagement de la Corse, juillet 1971).

Or, si cette conclusion semble logique, elle n’est pas forcément raisonnable. La vérité des chiffres ne sauraient masquer la réalité, quand bien même, pour ce faire, le rapport gouvernemental introduit habilement quelques nuances de vocabulaire. Ainsi, lorsqu’il s’agit des faiblesses démographiques ou des structures d’âge, le groupe considéré est « la population corse ». Mais lorsqu’il s’agit du nombre d’habitants prévu pour 1985 on parle de « population DE LA Corse». En clair, on fait allusion dans le premier cas au peuple corse et dans le second cas à une population où les Corses seront en nombre de plus en plus restreint, tandis qu’une fraction de plus en plus large d’immigrants viendra prendre possession du patrimoine d’un peuple que l’histoire aurait condamné.

Mais l’histoire est un peu comme ce ciel dont on dit qu’il faut l’aider pour qu’il nous aide. L’histoire, il faut la faire pour qu’elle soit.

En fait, il n’est pas vrai que le peuple corse disparaisse « naturellement » et statistiquement, comme on voudrait nous le faire croire. Ses forces vives ont été dispersées sur le territoire métropolitain après avoir servi longtemps le colonialisme français en Afrique ou en Asie. La Corse a parfaitement joué Je rôle de réservoir qui lui était dévolu. Si le réservoir est épuisé à qui la faute ?

Il n’est pas vrai non plus que le peuple corse sera « naturellement » réduit à quelques spécimens dans les parcs régionaux comme les Indiens d’Amérique dans leurs réserves. S’il l’est, ce sera par l’effet du colonialisme Français qui poursuit un transfert de population dans le sens de ses intérêts nationaux.

Par contre il est vrai que d’un siècle à l’autre, de la politique du réservoir à celle de la réserve, les Corses ont toujours été contraints à l’exil. Et l’exil c’est un peu la mort. Mais la possibilité du refus demeure ainsi que la résistance pour l’affirmation et le renouveau de notre communauté.

Notre communauté n’a pas été ménagée depuis le temps où la France réduisit par la force des armes la nation corse. Elle relèvera cet ultime défi du colonialisme.

Seul le recours à notre l6gitimité historique fera se lever les forces capables de briser le joug colonial.

 

Jean-Pierre Santini

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