Des contradictions de l'autonomisme - Décembre 1974

Ce texte pointe les contradictions de l’autonomisme que celui-ci se réclame de gauche, de droite ou de nulle part. Cette dernière position – ni droite, ni gauche – permet  au courant autonomiste de développer une pratique populiste et d’assurer encore sa présence politique au sein du mouvement national.

 

Des contradictions de l’autonomisme

 

« L’autonomie de la Corse dans le cadre capitaliste ne serait qu’un piège qui permettrait à une minorité détenant le pouvoir économique d’exercer le pouvoir politique, de sorte que sous une étiquette différente le règne des clans continuerait. »

La volonté du peuple corse de gérer ses propres affaires peut trouver satisfaction dans le statut d’autonomie à l’intérieur de la République Française. »

Ces deux déclarations ont été faites le même jour, dans le même discours par les dirigeants du PPCA, le dernier né des partis autonomistes.

Pour mettre en évidence la contradiction fondamentale des thèses du PPCA, nous allons nous livrer à une substitution de termes ayant dans l’une et l’autre phrase, la même signification.

En effet, ”l’autonomie de la Corse dans le cadre capitaliste” équivaut à ”le statut d’autonomie à l’intérieur de la République Française” (qui est, ne l’oublions pas, dans le cadre capitaliste).

On peut donc écrire :

« Le statut d’autonomie à l’intérieur de la République Française ne serait qu’un piège qui permettrait à une minorité etc. »

Ou encore:

« La volonté du peuple corse de gérer ses propres affaires peut trouver satisfaction dans l’autonomie de la Corse dans le cadre capitaliste. »

On se rend compte aussitôt que les deux déclarations du PPCA s’annulent et que ses deux phrases qui disent absolument le contraire l’une de l’autre, ne disent rien ! !

Ou plutôt si...

Les deux phrases ont un sens a une condition et une seule : le terme « république française » est entendu dans le cadre socialiste et non pas capitaliste

Dans ce cas l’analyse du PPCA s’appuie  beaucoup plus sur des hypothèses que sur la réalité objective. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est l’attitude que cela suppose dans la perspective des luttes spécifiques du peuple corse.

En effet, quelle est la nature des moyens d’action proposés par le PPCA ?

— Le légalisme (ce qui n’est pas un moyen d’action mais une attitude d’esprit réformiste, le moyen y correspondant étant l’électoralisme)

— Le refus de la violence et pacifisme.

— Le refus du séparatisme c’est à dire de la solution de l’indépendance nationale.

Il y a une telle disproportion entre le mal dénoncé (“carcan colonialiste”) et le remède ou plu tôt l’absence de remède proposé qu’on on reste confondu.

Quand la légalité est colonialiste et capitaliste à qui fera-t-on croire que les seuls autonomistes corses en utilisant des moyens légaux (élections traditionnelles) parviendront à leurs fins ? Mais si les autonomistes ne le peuvent pas seuls il est bien évident qu’en espérant des changements au niveau de l’Etat, on peut effectivement défendre la thèse réformiste, électoraliste et pacifiste. Du coup on se place non plus dans l’hypothèse d’une lutte spécifique du peuple corse mais dans l’hypothèse de la lutte des forces de gauche pour la conquête du pouvoir d’Etat. D’ailleurs cette hypothèse est sous-jacente à l’analyse du PPCA qui déclare notamment que « la lettre de François Mitterrand aux autonomistes ouvre la voie à la satisfaction des exigences du peuple corse. »

Ainsi se révèle le fond de l’analyse et de la stratégie du PPCA. Ainsi se résout la contradiction de la thèse selon laquelle « la volonté du peuple corse de gérer ses propres affaires peut trouver satisfaction à l’intérieur de la République Française. »

C’est que le PPCA présume que ce sera une République socialiste !!!

On assiste là à un retournement assez surprenant. La formule du PPCÀ. : « Les institutions autonomes de la Corse ne sont qu’une étape dans la voie au socialisme », devient: « Le socialisme en France est une première étape dans la voie des institutions autonomes de la Corse. »

Le journal « Le Monde » ne s’y est pas trompé qui titrait récemment à propos du PPCA : « Un mouvement Corse  choisit l’autonomie dans une France socialiste. »

La boucle est bouclée.  Le PPCA, n’en doutons pas, a choisi la voie du socialisme. Mais c’est celle qui passe par le programme commun de la Gauche.

Il suffisait simplement de le dire.

Jean-Pierre Santini

Décembre 1974

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau