De l'esprit partisan - Décembre 1990

On trouvera ici l’expression de la lutte idéologique constante qu’il a fallu mener contre l’esprit de parti voire l’esprit de clan. Toujours les partis ont donné l’impression de s’intéresser à la Cunsulta et toujours ils ont freiné son évolution. C’est d’autant plus étonnant que l’objectif de la Cunsulta est de « construire la nation ». Faut-il en conclure que les partis nationalistes n’ont pas véritablement cet objectif ?  De fait, c’est évident pour le courant autonomiste qui ne souhaite pas une Constitution pour la Corse, mais une reconnaissance du peuple corse dans le cadre de la Constitution française.

 

DE L’ESPRIT PARTISAN

Cela fait six mois que nous avons entamé un processus visant à la tenue d’une Cunsulta Naziunale. Pourquoi n’avons nous pas réussi à tenir cette première Cunsulta prévue d’abord pour octobre puis pour ce mois de décembre ? La réponse est, à présent, évidente c’est parce que l’esprit de parti l’a toujours emporté sur l’esprit unitaire. Comment s’est manifesté, depuis six mois, l’esprit de parti ?

L’esprit de parti s’est d’abord manifesté par le non respect des engagements pris en commun concernant le processus de mise en place des Comités de base définis comme le véritable moteur de notre initiative au prétexte que les inorganisés n’y viendraient pas. Or, il était tout à fait possible de mettre en place ces Comités à partir des militants et sympathisants locaux de chaque organisation. Mais il y avait un risque pour chaque parti de ne plus contrôler ses propres troupes. Là est la raison, et la seule, qui a empêché la mise en place des Comités de base. D’où, évidemment, un retour à des réunions au sommet. Mais, ce retour au sommet n’avait qu’une raison : donner aux Comités de base une plate forme politique unitaire pour leur permettre de mieux fonctionner.

L’esprit de parti s’est encore manifesté par la priorité constamment accordée aux tactiques partisanes sur la stratégie unitaire dont l’objectif est de mettre tout notre peuple en mouvement pour la reconquête de ses droits nationaux et l’affirmation de sa souveraineté.

L’esprit de parti s’est aussi manifesté par un comportement tactique habilement encouragé par A Cuncolta et visant à briser la démarche unitaire de la Cunsulta. L’échec de cette tentative qui est aussi l’échec de ceux qui s’y sont prêtés, a encore retardé d’un mois la démarche de la Cunsulta à un moment où la ligne politique qui sous-tend notre démarche aurait pu apparaître comme une alternative sérieuse et cohérente à la logique de division engendrée par les tenants du Parti unique. En suscitant un Collectif, le Parti unique eut été renforcé en cas de succès mais il est relativement épargné dans l’échec malgré ses graves contradictions internes.

Enfin, l’esprit de parti s’est manifesté par l’incapacité à respecter les engagements politiques pris en commun ce qui s’est traduit par une déformation volontaire du mot d’ordre principal de la manifestation du 27 octobre.

La cécité politique totale qui fonde ces comportements partisans repose sur l’idée que les contradictions et les divisions des uns vont permettre aux autres de se développer. C’est toujours la théorie simpliste et désuète des vases communiquant que nous avons, à plusieurs reprises, dénoncée ici même. Aucune tendance ne s’enrichira de l’échec des autres. Seule l’unité pluraliste et démocratique permettra un enrichissement mutuel en gagnant de nouvelles fractions de notre peuple à la lutte.

Nous le disons aujourd’hui avec la brutalité que commande la situation actuelle : les groupes qui composent notre Cunsulta n’ont aucune perspective de développement en tant que parti. Tous sont voués à l’échec, à la végétation voire à la liquidation même si, quelques temps encore, ils continuent de se présenter comme des coquilles vides sans poids réel sur les événements. L’aspect limité de chacun de nos groupes devrait nous dispenser d’une comédie de la démocratie consistant en des retours constants à la base. Cela n’a aucun sens quand le sommet et la base se confondent quasiment. Par contre ce peut être une manière pour quelques dirigeants de persister dans leur illusion d’être des dirigeants.

La CNTI estime que ces jeux n’ont plus de sens et qu’ils sont même objectivement dangereux pour l’avenir de notre peuple. C’est pourquoi, après de multiples propositions, nous en faisons encore aujourd’hui mais elles seront les dernières car nous n’avons pas vocation à concilier éternellement l’inconciliable. Voici nos propositions:

• Remise en route du processus originel de la Cunsulta avec le Groupe d’Animation ouvert à tous, le Secrétariat technique reconstitué et la création immédiate, c’est à dire dans la semaine, de 2 comités de base à Ajaccio et Bastia;

• Cette remise en route se fait à partir de la plate forme du 27 octobre reprécisée en ce qui concerne le premier point;

• Fixation au début janvier de la première Cunsulta : 5 ou 12 janvier à l’amphithéâtre de l’Università di Corti

• Objectif de cette Cunsulta: création d’un mouvement unitaire à tendance.

Naturellement, ce dernier point est un point important de nos propositions car une Cunsulta ou une série de Cunsulte uniquement faites pour exposer nos discours respectifs continueraient d’entretenir la confusion et l’esprit partisan. Si nous avons vraiment la volonté d’unir tout le mouvement national et par delà tout notre peuple, nous devons d’abord apporter la preuve de notre volonté à nous unir nous mêmes. Or, et c’est là un autre point fondamental, nous devons le faire, non pas sur un simple catalogue de revendications du style Collectif “ mais sur la base d’un processus ayant pour ambition de prendre notre peuple là où il est et de l’accompagner le plus loin possible. Il s’agit donc d’un processus de caractère stratégique, d’une sorte de stratégie de synthèse “ permettant de faire un bout de chemin ensemble y compris du point de vue structurel (dans un mouvement fédéré).

Pour sa part, la CNTI a déjà proposé le 7 septembre dernier, un processus en 7 points que nous vous soumettons encore aujourd’hui comme nous le soumettrons aux Comités de base qui, éventuellement, se mettront en place. A ce propos, nous soulignons que dans le mouvement unitaire à tendance se retrouveront évidemment tous les groupes et tous les individus qui le souhaitent. Enfin, la mise en commun de nos militants et de nos forces matérielles constituerait le pôle attractif de rassemblement devenu aujourd’hui historiquement nécessaire.

Tels sont les enjeux. A nous de choisir. Et de ne pas nous tromper.

Décembre 1990

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