Autonomie et indépendance - Décembre 1973

 

En décembre 73, après la mémorable soirée pour l’unité du mouvement national dans le cadre de l’Università d’Estate in Corti le 4 aoûr 1973, j’entamais le débat avec Max Simeoni sur la question de l’Unité et des positions idéologiques et institutionnelles.

 

AUTONOMIE ET INDEPENDANCE

Réflexions sur une réflexion de Max Simeoni

 

A un moment où l’union entre les patriotes corses apparaît plus que jamais nécessaire pour la défense de notre pays, il est souhaitable que, précisément, les divers courants qui ont en charge la revendication autonomiste, confrontent publiquement leurs idées dans un esprit de cohésion et de fraternité. C’est le seul moyen nous semble- t-il, pour atteindre à cette justesse d’analyse politique qui, non seulement renforcera et concrétisera l’Union des forces autonomistes amorcée le 4 août 1973 à Corti, mais encore rassemblera les patriotes corses inorganisés, indécis, troublés peut-être par la présence de plusieurs mouvements revendicatifs.

Nous voudrions, pour entamer ce dialogue, ajouter complémentairement, quelques éléments de réflexion à ceux proposés par Max Simeoni, Secrétaire Général de l’A. R.C., dans un récent éditorial d’Arritti, intitulé « Plasticages d’objectifs militaires ».

Max Simeoni pose la question de savoir s’il est possible que la France consente jamais à l’indépendance de la Corse. Le fait que celle-ci soit une base stratégique importante fait songer à Cuba. « Cuba en mieux ». C’est l’argument de poids. Et Max Simeoni pense que, quelque soit le régime en France, de droite ou de gauche, l’indépendance de la Corse ne sera jamais tolérée.

Cela est vrai. Sans aucun doute. Cependant, puisqu’il est fait allusion à Cuba, il convient de remarquer que le danger représenté par l’île de Castro est, justement, son régime socialiste et ses capacités de « contamination » pour le continent américain, du moins dans sa partie sud. Donc, dans la situation actuelle, celle de l’Europe capitaliste, l’Indépendance de la Corse ne constituerait un danger qu’en tant que cette indépendance serait celle d’un pays socialiste. On ne voit pas en effet, comment une Corse, même indépendante mais intégrée au système « libéral » pourrait se faire menaçante.

Il va sans dire que dans la perspective d’une France « Union de la Gauche », le problème se poserait de la même manière. Max Simeoni a bien raison de le souligner. Voici donc bloqués l’espoir ou les chimères de ceux qui souhaiteraient l’indépendance de la Corse.

La consolation vient de cette constatation simple qu’il n’y a pas de par le monde de pays indépendants réellement et que donc, cette revendication est de pure forme.

Ce qui caractérise les différents Etats et les différentes Nations c’est leur interdépendance à l’intérieur d’un même bloc (capitaliste ou socialiste) et même — la détente ou la volonté de détente U.R.S. S.-U.S.A. en témoigne — entre les blocs et leurs leadership.

La revendication d’autonomie, sémantiquement et politiquement parlant est donc bien la revendication juste.

La question qui se pose est de savoir dès lors, dans quel cadre pourrait s’exercer l’autonomie de la Corse.

Max Simeoni pense que ce doit être dans le cadre français. Cela est vrai. Mais, on peut penser qu’il ne s’agit là que d’un cadre institutionnel. Il y a aussi, par exemple, le cadre économique et, l’économique, qu’on le veuille ou non, prime le politique et l’institutionnel. Le vrai pouvoir est d’abord économique. Ainsi l’autonomie imaginée dans le cadre français actuel serait une autonomie capitaliste. Pas plus qu’il ne refuse cette éventualité, Max Simeoni ne l’accepte. Et c’est en cela que sa pensée est intéressante. En acceptant le cadre français sur le plan institutionnel, il ne rejette aucun système politique et économique, qu’il soit libéral ou socialiste. Ce qui compte, c’est l’avenir de la Corse et du peuple corse. C’est bien ce que nous pensons aussi.

Cette position intelligente, souple et réaliste de Max Simeoni pose cependant le problème du contenu de la revendication corse. En effet, cette revendication ne pourra pas, notamment dons le domaine économique, s’exprimer de la même manière face à un régime de droite et face à un régime de gauche, en France.

C’est en cela, nous semble-t-il, que dans le large Front autonomiste dont les Corses souhaitent la consolidation pour mieux aborder les luttes à venir, toutes les conceptions politiques et économiques doivent être préservées et maintenues en un juste équilibre. D’où la nécessité de la diversité des mouvements autonomistes. Loin de nuire à la revendication, cette diversité l’enrichit. Loin de diviser, elle permet de rassembler tous les patriotes corses selon leurs options politiques ou idéologiques personnelles. Ainsi, le Front des autonomistes corses présente-t-il aujourd’hui non pas une force « apolitique », mais une force essentiellement politique dans et par sa diversité.

Pour conclure, nous dirons que tout projet politique élaboré par l’ensemble des autonomistes, devrait demeurer assez souple pour s’adapter non seulement à tout cadre institutionnel de l’Etat Français, mois encore à tout régime qui s’installerait  à la direction de cet Etat.

 

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