A Cunsulta Naziunale di a Corsica - Texte de conférence de presse - Juillet 1990

 

Ce texte est celui d’une conférence de presse que j’avais proposé à l’ensemble des composantes participant alors aux premières réunions. Parmi elles, le mouvement autonomiste UPC qui refusa de l’avaliser.

On trouve dans ce texte ce que Pasquale Paoli souhaitait profondément pour le peuple corse : non pas l’établissement d’un pouvoir personnel mais bien un projet de constitution stable pour que « les Corses apprennent à marcher seuls ». C’est exactement  le travail qu’il convient d’accomplir après l’élection, le 16 novembre 2008 de la première Cunsulta Naziunale di a Corsica.

 

A CUNSULTA NAZIUNALE DI A CORSICA

Une initiative politique inspirée par notre histoire et justifiée par la situation actuelle. (1)

L’objectif de cette conférence de presse est de vous présenter une initiative politique que l’on peut qualifier de singulière malgré ou, plus exactement, à cause de la pluralité de nos engagements respectifs et de leur expression dans des groupes, mouvements ou partis différents.

Mais, pour comprendre en quoi notre initiative est singulière, il convient que nous nous situions dans le temps. Un temps pas si lointain où notre peuple accéda à l’indépendance et s’appliqua, après l’élection de Pasquale Paoli, à l’organiser dans le sens du bien commun et des intérêts collectifs de la Nation Corse.

La Nation, c’est continuer à être ce que l’on a été, mais c’est aussi la vision d’un destin. C’est ce mélange d’héritage et d’ambition qui fait la force d’une Nation. Aussi, est-ce en référence à cette donnée historique que nous avons choisi la dénomination de Cunsulta Naziunale di a Corsica voulant reprendre et prolonger la pratique des “Cunsulte” pour retrouver un espace de discussion et de décision conforme au droit et aux pratiques corses. Comme l’écrit un historien, “ c’est à partir de la Cunsulta dl a Casablanca que commença une des plus curieuse aventure de l’histoire. Une île perdue, un peuple minuscule de bergers et de montagnards, un Etat qui officiellement n’en était pas un et qui n’avait fait jusqu’ici que des ébauches d’organisation, allait se métamorphoser par la foi d’un jeune homme de trente ans, en République modèle, en sujet de thèse pour les philosophes, en préludes de vastes révolutions planétaires.

Nous n’avons évidemment pas l’intention d’entamer une aventure plus curieuse encore ni même de répliquer un modèle fut-il le produit de notre génie national.

 

Nous savons pertinemment que l’histoire ne repasse pas les plats froids même s’il lui arrive parfois de bégayer. Mais comment ne pas se référer encore à Pasquale Paoli dont l’ambition a-t-on écrit « n’était pas d’asseoir l’empire d’un homme sur une nation mais de permettre à celle-ci, de pouvoir, un jour, se gouverner elle-même. » Pasquale Paoli disait : « Mon objet principal est de former les Corses de façon qu’ils aient une Constitution stable qui pût subsister sans moi. Notre Etat est jeune et on ne peut encore se passer de litières. Mais je voudrais que les Corses apprissent à marcher seuls. »

Apprendre à marcher seuls, telle est l’ambition véritable que nous avons pour notre peuple et pour nous- mêmes. Préparer les litières qui le permettent, tel est l’objectif que nous nous fixons avec la préparation d’une Cunsulta Naziunale di a Corsica. Cette Cunsulta se veut à la fois processus et structure, méthode et cadre de travail et distance par rapport au terrain et aux moyens imposés par l’Etat colonial. Tout cela afin de favoriser une réflexion collective, à I’usu corsu, où le peuple soit directement impliqué dans la conception et la délibération du Projet qu’il souhaite pour lui-même.

Notre intention, nous voudrions la préciser en nous situant aussi dans un temps plus proche, p!us actuel.

Voici deux ans s’ouvrait ce que l’on a appelé l’été de tous les dialogues suivi, comme chacun sait, d’un exceptionnel printemps de luttes sociales. La succession de ces deux événements est, en soi, très significative. Comment un dialogue politique tous azimuts peut-il être accompagné d’une telle crise sociale ? C’est, qu’en fait, il ne s’agissait pas d’un véritable dialogue mais bien d’une juxtaposition de monologues entre partenaires institutionnalisés et sur un terrain politique imposé par l’Etat et l’administration coloniale. Au sein du mouvement national, certains en avaient pris conscience et avaient exprimé l’idée que les patriotes corses devaient d’abord organiser le dialogue entre eux pour mieux le porter ensuite au sein de notre peuple. Des initiatives furent prises qui aboutirent à la création d’une Coordination Nationale voici un an et demi. Ce cette Coordination Nationale est née, au fil des débats, cette idée simple, largement partagée, que l’on peut exprimer ainsi : Le rôle du mouvement national ne consiste pas à imposer à notre peuple telle ou telle solution partisane, ni même une solution qui aurait fait l’objet de marchandages antre partis ni, à plus forte raison, entre quelques individus. Non, le rôle du mouvement national est de faciliter la recherche d’une solution pas le peuple lui- même.

Est-ce à dire que les organisations politiques doivent se décharger de leurs responsabilités ? Certainement pas. La floraison dispersée des projets, propositions et autres plans ou schémas de développement est, certes, le symptôme de la situation actuelle du peuple corse. Mais c’est aussi le symptôme du génie créatif d’un peuple éminemment politique. Aussi est-il urgent de fournir à ce peuple un terrain, un cadre, un dynamisme de réflexion et de décision politiques enfin conformes à son histoire et à son génie propre afin qu’il puisse se donner les institutions, pouvoirs et moyens lui permettant d’assumer et de développer sa souveraineté. Les organisations du mouvement national doivent jouer honnêtement le rôle d’animateurs et non pas celui de militants s’efforçant par tous les moyens de faire passer des points de vue tout de même limités sinon partisans. Nous voulons donner la parole à notre peuple et non lui imposer notre parole. Nous voulons organiser le débat populaire et non pas populariser un débat organisé par avance. A la parole partisane où se limite l’acte du militant, nous opposons la parole publique où s’épanouit l’action du citoyen responsable. Finalement, à la société politicienne, nous opposons la société civile. Il s’agit de permettre aux Corses, en tant que tels, d’assumer leur responsabilité, de promouvoir la citoyenneté corse, d’en appeler à l’esprit public de notre peuple afin que, par le dialogue en son sein et sur son terrain, par la correspondance vivante avec sa mémoire et avec ses pères, il se parle à lui-même et qu’il se prenne enfin en main ce qui est la meilleure manière d’imaginer et de préparer son avenir propre.

Tout naturellement, quand un peuple est peuple, il se reconnaît des droits sur l’espace de son existence et sur le temps de sa vie autrement dit sur son territoire et sur son histoire bref, un droit fondamental à la maîtrise de son destin et donc à la souveraineté nationale.

Concrètement, comment allons-nous procéder? Nous avons d’ores et déjà mis en place deux rouages : 1) Un secrétariat technique. Son rôle, la circulation la plus large de l’information, des idées, des questions à débattre, des réponses apportées entre tous ceux qui s’investissent dans notre initiative. Par opposition à la diffusion verticale, suspecte à nos yeux de pouvoirs technocratiques et bureaucratiques, nous voulons une diffusion “horizontale” de l’information, base d’un véritable pouvoir démocratique.

2) Constitution d’un groupe d’animation. Chaque mois, le Groupe d’animation, ouvert sans exclusive ni restriction à tous ceux qui participent à notre démarche se réunit en un lieu central. Son rôle principal est d’assurer l’animation des Comités locaux par des travaux d’analyse et de synthèse, par la formulation de questions, par des propositions de réponse, par des approches méthodiques diverses permettant d’affiner, la réflexion d’ensemble et de dégager les axes majeurs du débat collectif, par la recherche enfin de contributions techniques ou scientifiques auprès de spécialistes. D’un point de vue secondaire, le Groupe d’animation s’applique à vérifier le bon fonctionnement du secrétariat notamment en ce qui concerne une parfaite circulation de l’information et suscite tout autant qu’il garantit par la présence active de ses délégués, l’installation à la base des Comités locaux.

Les Comités locaux : il s’agit évidemment du rouage le plus important, celui sans lequel les deux autres n’auraient aucune r d’être. Les Comités locaux ouverts à tous ceux qui se reconnaissent dans le peuple corse se créent dans les villes et les micro-régions rurales. Ils sont la structure essentielle qui permettra de libérer l’expression populaire. Ils sont le creuset de notre esprit national et d’un civisme corse renouant avec les traditions du temps où notre peuple était libre et responsable.

Conclusion : vers des institutions populaires corses. Pour garder la parole et pour la traduire en acte c’est â dire pour être capable de décider et d’exécuter après avoir conçu et délibéré, il faut nécessairement que s’installent des structures permettant la mise en oeuvre du projet de société. Les institutions ne sont rien d’autre que les moyens qui ordonnent par des principes, des lois et des règles, la réalisation des projets de société. Nous souhaitons que notre peuple s’organise dans cette perspective institutionnelle dès lors qu’il aura parfaitement affirmé, élaboré, défini son propre projet pour la Corse de demain.”

Juillet 1990

(1) Ce texte a été censuré par les autonomistes de l’UPC.

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