1975 - Question Nationale et culturalisme

Jusqu'à la transformation récente (début des années 2000) des organisations qui affirmaient la lutte de libération nationale (Cuncolta Naziunalista/ FLNC de divers canaux) mais refusaient l’indépendance, cet article a été longtemps d’actualité. Il est à craindre qu’il le soit toujours quand on se donne la peine d’analyser les discours des organisations actuelles qui se réclament de l’indépendance.  Cette revendication apparaît encore comme un faux-semblant par l’absence de réflexion, de processus d’accession et d’action pour la concrétiser.  Les organisations autonomistes, elles,  ne cachent leur jeu qu’à moitié en affirmant ne pas être contre l’indépendance, mais en se gardant bien de réfléchir ou d’agir pour promouvoir une revendication dont elles ne veulent en réalité absolument pas.

Enfin, le titre même de cet article fait apparaître l’ambiguïté dans l’importance respective du politique et du culturel.  Ce que l’on appelle « le mouvement culturel » et le phénomène du « riacqusitu » n’ont été possibles que par l’émergence de la revendication nationale. Or, nombre « d’acteurs culturels » paraissent avoir oublié cette réalité fondamentale. C’est assez commode pour justifier leur intégration dans les rouages et les réseaux des institutions françaises. Certains y font carrière en toute bonne conscience. Selon eux, le renouveau culturel serait indépendant du renouveau de la revendication nationale. D’où leur tendance à oublier voire à renier celle-ci. Ce que j’appelle ici le « culturalisme » c’est cette insoutenable contradiction qui consiste à vouloir préserver notre culture en prenant appui et en s’intégrant aux institutions françaises. Un remarquable professeur de l’Université de Corti, ne reconnaissait-il pas récemment dans une interview à France 3 Corse, « qu’on parlait de moins en moins le corse dans la population, mais que ceux qui le parlaient le parlaient de mieux en mieux ». Cette déclaration dit l’essentiel du drame qui est en train de se jouer – ou de se nouer - pour la langue et la culture corse. Le peuple se tait. Les savants s’enferment dans leur tour d’ivoire. Le tour est joué. C’est ainsi que meurent les nations.

 

 

Question nationale et culturalisme

 

 

Il n’est plus un discours, plus une prise de position, plus un communiqué dans lequel les réformistes de la gauche française (PS) ou corse (P.P.C.A.) n’affirment la volonté du peuple corse à être maître de son destin.

De la reconnaissance de « l’identité culturelle du peuple corse » à celle de ses « droits nationaux », les expressions ne manquent pas pour dire que le peuple corse est majeur et qu’il peut en conséquence décider lui même de son avenirs

Considérant de telles revendications formulées par les organisations précitées, nos compatriotes peuvent à juste titre penser qu’elles impliquent FORCEMENT la revendication du droit à la libre disposition d’elle même par la nation corse, c’est à dire du DROIT A L’AUTODETERMINATION

Or, non seulement ce n’est pas le cas, mais qui plus est, le Parti Socialiste français et le P.P.C.A. sont violemment opposés au droit à l’autodétermination du peuple corse !

Ainsi, d’une part, ces organisations qui se réclament du socialisme prétendent  lutter avec le peuple corse tour la reconnaissance de ses droits nationaux et, d’autre part, ne lui reconnaissent pas le premier de ces droits sans lequel rien n’est possible, à savoir le droit à l’autodétermination.

C’est cela qu au P C S nous appelons l’imposture réformiste et c’est cela que nous dénonçons comme une attitude profondément  contraire aux intérêts de la lute pour la libération nationale de la Corse et le socialisme.

Cette attitude, afin d’en bien saisir toutes les perspectives démobilisatrices et liquidatrices, pour la revendication nationale corse, mérite que l’on s’y attarde.

Quelles sont les principales caractéristiques des positions « autono-mistes/socialistes » du PS et du PPCA ?

Nous en avons dénombré trois:

I) Revendication d’une « autonomie culturelle nationale » dans le cadre de l’Etat  capitaliste français. Le concept de « culture corse » étant un concept-clé.

2) Revendication de la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse mais, en même temps, maintient de l’unité de l’Etat capitaliste et colonialiste français.

3) Rejet du séparatisme comme solution à la question nationale corse.

Une première constatation s’impose : le cadre de référence fondamental de la réflexion, de la pratique et des perspectives du P.S. et du P.P.C.A. c’est le cadre de l’Etat français.  Il faut à tout prix conserver ce cadre (refus acharné du séparatisme ou du simple droit de séparation) grâce à toute une série de réformes aux niveaux constitutionnel et culturel,  réformes qui sont sensées résoudre la question nationale corse.

Une seconde constatation s’impose : c’est la manipulation permanente du concept—clé de « culture corse ». Ainsi,  sous prétexte de lutter pour « l’indépendance culturelle » (PPCA) ou pour « l’identité culturelle corse » (PS )on opère insidieusement et efficacement une translation du problème politique au problème culturel.

La nation corse est perçue par ces organisations comme un phénomène essentiellement culturel. CETTE PERCEPTION MUTILANTE DE NOTRE NATION PERMET DE LIQUIDER PUREMENT ET SIMPLEMENT SA DIMENSION POLITIQUE l quelle n’est pas réductible aux niveaux culturels, économiques ou administratifs.

La dimension politique de la nation corse ne peut se réaliser concrètement que dans un Etat national indépendant ou dans la lutte pour y atteindre.

On comprend mieux dés lors la débauche de « juridisme »,  « d’économisme » ou de « culturalisme » du P.P.C.A. ou du P.S. (voir leur participation active dans la floraison de cercles culturels ou d’associations économico—culturelles).

L’objectif du Parti Socialiste français et du P.P.C.A.  est de dépolitiser la question nationale corse car la politiser, c’est revendiquer pour la nation corse le droit à l’indépendance nationale.

Il y a une ambiguïté profonde, décisive et une confusion extrême dans le cheminement politique de ces organisation s: elles veulent, d’une part abolir l’oppression que l’Etat colonialiste français exerce sur la Nation corse, mais d’autre part,elles refusent à la Nation corse opprimée le droit à l’autodéter-mination

En jouant ce jeu et en s’enfermant dans cette contradiction insoutenable, le Parti socialiste français et le PPCA soutiennent et développent, fût-ce à leur corps défendant, ce que nous considérons précisément comme la principale forme,de l’oppression nationale, à savoir le refus à la nation corse et à la Corse du droit de se constituer en Etat national indépendant.

Cela est extrêmement grave pour des organisations se réclamant du socialisme et  de la nation corse. Il est absolument indispensable qu’elles éclaircissent leurs positions face à l’opinion de notre peuple tout entier et dos patriotes corses qui sont décidés à mener leur combat jusqu’à la libération nationale.

Le Partitu Corsu pe’u Sucialisimu et tous les militants révolutionnaires corses les y invitent en leur rappelant que le seul problème politique qui se pose à propos de la nation corse opprimée, c’est celui de son droit à l’autodétermination, c’est à dire son droit à la libre séparation politique.

                                                                                       Jean-Pierre Santini

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