1978 Edito Capi Corsu N°1 : APEC

EDITORIAL  

 

APEC

Dans sa remarquable étude sur l’aménagement rural du Cap Corse Pierre Blasini écrivait :

« Le Cap est un pays de très vieille civilisation, un pays qui de par sa situation a toujours eu des contacts étroits avec les différents peuples qui tour à tour ont exercé leur influence en Méditerranée. Ces contacts ont façonné une population toujours très évoluée, apte à s’assimiler aux circonstances et à mettre ainsi en acte les potentialités de la région (...) C’est ainsi qu’est née cette très originale civilisation de marins-paysans-commerçants qui a eu son apogée au siècle dernier et s’est ensuite désagrégée, les marins s’employant alors dans la marine de commerce, les paysans s’expatriant en Amérique ou aux colonies et les commerçants à I3astia, Marseille, Paris ou l’étranger. Les descendants de ces générations qui ont gardé au fond d’eux-mêmes, et les qualités de leurs ancêtres et l’amour de leur pays, seraient encore capables, dans un contexte favorable, de donner une impulsion nouvelle à leurs activités ENCORE QU’IL LEUR FAUDRAIT SURMONTER LEURS TENDANCES INDIVIDUALISTES CAR LES CONDITIONS DU SUCCES EXIGENT DE PLUS EN PLUS, AUJOURD’HUI, DES EFFORTS COLLECTIFS. »

Surmonter les tendances individualistes, rechercher une action  collective, tel est bien l’esprit qui anime tous ceux qui, dans cette première partie de l’année 1978 se sont patiemment regroupés au sein de l’Association pour la Promotion Economique et Culturelle du Cap Corse (A.P.E.C.).

L’oeuvre entreprise nécessitera beaucoup de temps et de courage. La situation économique et démographique du Cap est telle qu’on ne peut espérer la redresser d’un coup de baguette magique. Sur le chemin du renouveau une étape est cependant franchie : celle d’un premier regroupement des bonnes volontés. Les deux réunions de Barrettali en mars et de Petracurbara en mai ont témoigné d’une grande aspiration au changement.

Avec l’A.P.E.C., la première responsabilité a été prise : celle des hommes lucides de ce pays qui, toutes tendances idéologiques, philosophiques et religieuses confondues, simples citoyens ou élus, ont eu le courage de l’initiative et de l’engagement.

C’est bien la première fois que le Cap Corse vit une telle expérience et celle-ci, il faut bien le dire, est sans doute une des dernière qui puisse être tentée pour sauver notre petite région d’une ruine définitive ou d’un faux développement programmé à l’extérieur et ne profitant pas aux Cap Corsins.

Cette chance de renouveau dont 1’APEC est aujourd’hui le symbole dans le Cap, qui pourrait la négliger et au nom de quoi ?

Les Cap Corsins qui ont la passion de leur pays continueront à se rassembler au sein de l’APEC dont les structures profondément démocratiques permettent à chacun, quelle que soit sa place dans la société de participer aux décisions. C’est aussi cela l’effort collectif : il s’agit d’assurer la collaboration de tous au renouveau du Cap Corse; il s’agit de créer un grand mouvement d’enthousiasme sans négliger, bien entendu, le nécessaire et aride travail dans les domaines administratifs ou techniques. Car une chose est sûre : sans la volonté active des populations, sans leur soutien ardent, aucun organisme, ni aucune institution ne peut véritablement aboutir.

Cette chance de la démocratie la plus large dont l’APEC est aujourd’hui le symbole dans le Cap, qui pourrait la négliger et au nom de quoi ?

Au cours de ces trois mois qui ont été nécessaires pour nouer des contacts entre les hommes de ce pays et pour donner naissance à l’APEC, on a pu constater certaines réticences. Il est vrai qu’une unanimité à cent pour cent ne se fera pas. Il y a toujours des intérêts particuliers égoïstes qui spéculent sur ce désert que deviendrait le Cap si la situation actuelle se prolongeait. Ces intérêts égoïstes sont parfois d’ordre matériel mais ils relèvent aussi d’une certaine mentalité. Ainsi quelques uns ne sont pas d’accord avec l’APEC... parce que l’idée ne vient pas d’eux ou parce qu’ils n’ont pas « la première place » dans l’association !!! Ceux-la ne comprennent pas qu’il s’agit d’abord de s’unir à égalité de droits et de devoirs. Ils n’ont pas à coeur l’intérêt de leur pays. Ils ne pensent qu’à eux. Ils regardent le  doigt lorsqu’on leur montre la lune. Ils sont enfermés dans un système de pensée, dans une vision étroite et décadente de la société Cap Corsine. Ils sont heureusement peu nombreux.

On notera par ailleurs que ce sont les jeunes et ceux qui vivent et travaillent directement dans le Cap qui sont les plus enthousiastes. Cela est bien naturel. Ils pensent à leur avenir et tous ensemble nous devons les aider à le construire parce que leur avenir c’est aussi celui du Cap.

Enfin l’APEC se tourne vers tous les Cap Corsins qui ont été souvent obligés d’aller ailleurs chercher un emploi. Ils peuvent être d’un grand secours dans la recherche des solutions et de leur concrétisation. Le renouveau du Cap ne pourra pas se faire sans eux.

Le retour des Cap Corsins de l’extérieur nous conduit à poser le problème des possibilités d’emploi et, à travers lui, le problème d’un développement global du Cap Corse. Sur ce plan, l’APEC n’a pas la prétention d’innover totalement. Elle se réfère volontiers au rapport de Pierre Blasini qui a eu le grand mérite de poser un certain nombre de problèmes de fond mais qui n’ont malheureusement par reçu à ce jour le moindre commencement de solution concrète,  la carence dans l’initiative se situant à tous Ies niveaux.

Dans ses propositions d’aménagement le rapport Blasini insiste sur les deux points suivants:

- mise en oeuvre impérative de schémas hydrauliques pour résoudre le problème de l’eau;

- normalisation impérative du foncier.

Résoudre ne serait-ce qu’en partie ces deux problèmes permettrait un redémarrage économique du Cap notamment sur une de ses bases principales : l’AGRICULTURE. Dés lors une activité comme le tourisme, alimentée par la production locale, pourrait se développer harmonieusement dans un esprit d’hospitalité authentique et d’intégration à la population résidente et non dans cet esprit de profit et de ségrégation qui caractérise de trop nombreux camps de vacances en Corse ou ailleurs. Les autres activités Cap Corsines telles la pêche, l’artisanat ou la petite industrie d alimentaire liée à l’agriculture trouveraient dés débouchés grâce au renouveau démographique et à une rationalisation des circuits commerciaux.

Les perspectives, comme on le voit, sont multiples et les tâches à accomplir enthousiasmantes.

Les Cap Corsins n’ont plus grand-chose à perdre et s’il leur faut soulever des montagnes pour assurer le renouveau de leur pays, au moins leur reste-t-il la foi.

                                                                          

                                                                           JPS – Juillet 1978

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