1978 : Choisir - Edito du N°2 de Capi Corsu

EDITO

 

CHOISIR

Des Cap Corsins, de plus en plus nombreux, expriment à travers l’APEC, leur volonté de voir revivre leur pays. Mais une volonté consciente suppose que soient définis clairement les objectifs à atteindre et que soient tracés les chemins qui y conduisent.

Nous devons donc nous interroger sur la démarche à adopter pour bâtir notre “programme de renouveau”.

Il semble nécessaire de nous pencher tout d’abord sur notre passé, d’observer ensuite, avec le maximum de rigueur la réalité actuelle, de proposer enfin, compte tenu des contraintes de l’environnement économique et social, un choix de développement pour notre région.

Nous n’avons pas la prétention d’approfondir ici chacun de ces points. D’ailleurs l’élaboration d’un programme pour le Cap doit être l’oeuvre des Cap Corsins eux-mêmes. Nous les appelons à nous faire part de leurs propositions.

Pour l’heure, nous dirons simplement ceci :

» Le passé du Cap Corse sur lequel nous aurons l’occasion de revenir dans nos colonnes, nous enseigne l’extraordinaire courage, le goût de l’effort, l’immense travail réalisé par les générations d’hommes et de femmes qui nous ont précédé sur cette terre.

» La réalité actuelle est, pour celui qui sait voir, moins désespérante qu’on ne croit. De nouveaux bâtisseurs ont récemment entrepris de relever cette ruine qu’est devenu le Cap. On ne les trouve pas dans les bureaux, dans les résidences secondaires ou dans des bâtiments officiels. Ils sont à la terre qu’ils ont entrepris de retravailler. Ce sont de jeunes agriculteurs nouvellement installés. Ils sont dans la droite ligne des hommes qui ont construit ce pays de leurs mains infatigables. Ils utilisent certes d’autres moyens, d’autres techniques. Mais leur foi est la même et c’est cela l’essentiel.

» Les perspectives d’avenir ? Certains prétendent que la situation est bloquée. Ils avancent pour cela deux arguments: l’invraisemblable morcellement de la terre lié à l’indivision et la mentalité “individualiste” des Cap Corsins. Un pays en miettes, des hommes divisés : il n’y aurait donc plus rien à faire. Et pourtant ! Pourtant, ce qui n’est pas possible lorsqu’il s’agit de certaines activités, par exemple l’agriculture, le devient lorsqu’il s’agit de favoriser telle autre activité, par exemple le tourisme. Loin de nous l’idée d’opposer l’une à l’autre. Nous constatons simplement que de superbes domaines sont déjà constitués dans la perspective de vastes complexes touristiques alors que le petit agriculteur a toute les peine du monde à obtenir quelques baux sur des terres ingrates. Il appartient aujourd’hui à tous, simples citoyens ou élus de prendre ses responsabilités et de revendiquer unanimement une juste résolution du problème foncier au bénéfice de ceux qui en ont le plus besoin. Cela est possible. Il suffit de faire application à notre région des lois existantes et “d’inventer” si nécessaire des réglementations spécifiques répondant à des situations et des besoins spécifiques.

Pour ce qui concerne les mentalités individualistes, il est certain qu’elles constituent un facteur favorable au développement anarchique des spéculations privées. Mais cette mentalité où “l’individualiste” devient homme “privé” et privé de lui-même à la limite, n’est pas réellement Cap Corsine. Sur l’ancienne “ Terre du Commun “ elle n’est qu’un produit d’exportation qui fait le jeu de quelques profiteurs. Le véritable individualisme qui veut être une certaine manière de vivre les libertés ne doit pas être confondu avec ces cloisonnements, ces isolations, ces solitudes parfois que nous ressentons si fortement en hiver.

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Quelle route allons—nous prendre et qui va en décider ?

Avec l’APEC-CAPI CORSU nous nous sommes donnés les moyens d’exprimer des choix mais comment les traduire dans la réalité ?

« Gouverner c’est choisir » dit-on. Il nous appartient aujourd’hui d’inverser la formule. Pour cela, une condition et une seule : l’UNITE ; car si le choix est celui du plus grand nombre alors choisir, c’est aussi gouverner.

 

                                                          JP Santini

                                                                        Octobre 1978

 

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