Nouvelle chronique de Nimu - Joël Jegouzo - Site K-libre - 24 mars 2009

Article paru sur le site K-LIBRE

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Corse, île noire,

épopée vacillante de notre déroute existentielle

 

2033. L'Apocalypse. Une scène de crime vaste comme le monde, ou peu s'en faut. Personne (Nimu). Une île à la dérive. L'humanité délestée de son humanité. Cap Corse, le monde s'est soudain tu. Mais dans les ruines d'Imiza se dresse, dérisoire, la silhouette d'un commissaire de police. Le carnet à la main, il note les premiers éléments de son enquête. Les ruines, le silence, annales d'une entomologie besogneuse, brandie comme pour tenir bon contre la nuit qui manigance. 2000. Maria Maddalena, la gouvernante du curé, s'en est allée. Imiza se pare aux couleurs de son saint patron, mais dans l'église, au matin de la fête, le curé est retrouvé mort. Quatre histoires se croisent, sans doute cinq, dont celle d'Alice et Polo, un couple qui peu à peu a sombré dans son trop vaste silence, ou celle de Petru Santu, militant clandestin en quête de son identité. Une identité que lui restitue le commissaire qui, lui, écrit l'Histoire relevée de ces ruines, d'un pays qui n'a jamais songé à consigner sa propre chronique qu'en négatif. Ironique fortune : l'enquête existentielle subsumée sous l'enquête policière. Mais peu à peu les fils du roman se rassemblent. Le commissaire s'affaire, recueille les raisons de la mort du curé, le cadavre de Maddalena, le pouls d'Alice. L'errance des personnages fascine. Le récit est construit comme une procession qui s'enroulerait sur elle-même, recommençant chaque fois le temps et l'espace en redondances magiques, récurrences de phrases, de mots, de thèmes, comme pour relancer la machine textuelle, exténuée. Somptueuse poésie de cette prose ténébreuse ! Avec Nimu, le roman noir accède à la vérité même du genre, embusqué dans son attention portée au monde contemporain pour l'accomplir sans complaisance, en même temps qu'il se défie des échappatoires qu'il dessine, quand dans ce monde, tout le sens est à reconstruire.

Citation

Les morts n'étaient plus des morts, mais des vivants qui avaient oublié de vivre.

Rédacteur: Joël Jégouzo

mardi 24 mars 2009

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